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La
poésie dans la ville
Jean-Paul Loubes |
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Après avoir sublimé l’urbain dans les années quatre-vingt - souvenons-nous de «Banlieue 89» qui vit la mise à contribution d’intellectuels pour vendre l’idée de banlieue - le balancier penche maintenant d’un autre côté: la ville est mortifère, c’est la décomposition de l’homme social et de l’homme individuel. La barbarie urbaine est notre destinée, il faut s’y conformer pour être «moderne» car là se trouvent les sources vraies de la poésie. Il s’ensuit une littérature de grande surface… etc. Entre ces deux visions, et plus intellectuelle, est celle d’un «tout urbain» qui nous est proposée comme nouvelle idéologie. On n’existe que si l’on est un urbain, si l’on offre une visibilité intellectuelle «urbaine» (télévisuelle essentiellement). Conséquence: le non-urbain, c’est au mieux l’écologie et la marche en montagne, au pire, une défense de traditions vestiges du monde rural englobé dans une perception nostalgique de la terre, une idéologie du terroir et ses relents d’ethnocentrisme. Tels semblent être les termes du confinement qui nous est proposé. Peut-on habiter (aussi) la ville en poète? Peut-on encore habiter la ville en poète? Autant de questions qui ont guidé cette recherche de textes. En les posant, Goéland poursuit un de ses objectifs d’exploration. La
matière est abondante, les écrits sur la ville proliférants.
Tout en évitant de se laisser happer par quelques-unes des préoccupations
du temps, de s’enliser dans la sociologie urbaine, le parti pris
a été de situer les textes présentés par
quelques repères qui sortent du champ de la géopoétique. Il
est des auteurs qui entrent dans la ville par les interstices, par
des espaces de pleine nature surgis comme éblouissement, entre
autoroutes urbaines et univers minéralisé des agglomérations.
Stéphane Aubriet rappelle ici ces mots de Jean Giono: «Par
rapport à moi, le talus qui borde ma route est plus riche que
l’Océanie». L’urbain ne vaudrait-il que par
les interstices qu’il laisse à un peu de nature? C’est,
par contre, un sentier poétique possible pour d’autres écrits
qui tentent de saisir la ville à bras-le-corps, dans sa matière
même. Je pense ici à ce vers de Derek Walcott: «la
neige tombant toujours en mots blancs sur la Huitième rue»(2) à mettre
en parallèle avec cette autre saisie de la grande ville par ces
Iroquois de Manhattan qui, là-haut, dans l’air, depuis les
poutrelles métalliques où ils évoluent, aperçoivent
la gazette de la ville imprimée au sol et le rectangle de Central
Park. Toutes ces tentatives pour saisir, apprivoiser, dépasser ou retenir la ville viennent buter sur l’hygiaphone de Bourda. Ce texte est là comme témoin. Une souffrance de la ville, aux antipodes des sources d’énergies joyeuses, de toute «joyance», ces accroissements de sensation de vie qui caractérisent la quête géopoétique. Jean-Paul Loubes 1 Kenneth White, Le Champ du grand travail, éditions Devillez,
2003, p. 92. |
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