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La nature des choses
Cette voix parlant clair
va fouiller lobscur de lobscur.
Récitation, mémoire & défaite & certitude.
Concède:
Nous devrons suivre des chemins hors des cartes,
faire provision de fleurs sans nom dans les herbiers
puis ayant croisé dautres voyageurs essentiels,
mesurer livresse comme linquiétude
& les ferveurs de ces peuples de masques
& les sévérités de labîme là-dedans.
Quand nos muscles se ressentent déjà de létape
à venir,
qui pourrait nous combler, quand le repos deviendrait-il
perfection, & ces désirs recevraient-ils juste façon,
& quand aurions-nous fini le lent, le long travail
quand enfin serions-nous accomplis, & perdus?
Impatience du plongeur de Paestum, entre ciel & il
deau turquoise, absorbant tout le bleu de ce ciel blanc,
avec cet arbre nu dans ce paysage de marbre: humain, fini.
Là, notre pacte unique servitude
Traitons en termes lumineux
de routes conduisant de lorigine
vers linsouci, le fond du lac
& puisses-tu, mon autre-moi,
boire à la coupe que je tends,
véridique amertume
de nos jours & nos travaux.
Sable nous-mêmes, sable avalant cet il deau,
ce reflet de ciel blanc, cette lacune, toi & moi.
Nous si lourds, entre envol
& naufrage, ivres & inconscients.
Tomber ainsi, dans le miroir, lire & relire
ce texte qui sefface, prise fuyante aux mémorants.
Ivresse des départs vers loasis dans le matin des mondes
nus,
intelligence de lhorizon, où descend se fondre le soleil.
***
ce rayon
ce rayon qui est intensité
& comme toi
sous diverses allures en divers lieux allant
semblablement distinct de ce qui lumière
te fait accueil fait marque te calque
distinctement semblable à ce qui ta séduit
comme
cette pierre parfaitement ronde & sans fin comme
sans autre origine que lélément dont elle est composée
cette pierre sans beauté mais de structure solide bloc
de sens nu informe formée fondation
là sans pareille
ou cette fleur ou cet arbre rien
& tous ces traits inscrits sur la plaque sensible
exemplaire ce rayon te traverse toi
cette fleur ou cette pierre là
Qui es-tu sinon lempreinte cicatrice & trace
***
Ainsi marcher sen aller
ainsi marcher sen aller
vers sa propre disparition
ainsi aussi se rencontrer régler des points dattache
& sondant creuser son visage & suivant cette ligne
où se fixent les figures qui distraient,
séduisent & disposent, & qui fixent
faire rendre ce qui du réel gît dessous,
saccorder
se donner matière étoffe, & libre
de tenir sa vie comme sa mort
entre les jambes du compas, sur toute
la portée, lire écrire épuiser
le paysage mélodie sétendre
dans la chambre tournée au couchant
& la voix des vivants repose sur cette fondation
parole phréatique
de ceux qui ayant dessiné
le contour de notre voix
& la portée de notre voix
& le paysage où elle porte
nous lisent den dessous
nous découvrent étoffent
trament
&
effacent
figures faces inverses notes échos de soi venus davant
soi-même images de soi-même étrangères essentielles
disparitions davant toute disparition figures aimantées
sur la ligne la portée les amers du paysage où marcher
***
et si les yeux ouverts
et si les yeux ouverts marcher
cétait
transcrire transporter transformer
si cétait suivre cette ligne
qui mène de toi-même à toi seul
identique à ce qui fut
semblable à ce qui sera
& advient
& pas si mal ressemblant
au bout du compte, si cétait
nêtre que cette vérité-là:
naître incertain,
mourir conforté
de ce qui passant
détruit, passé
construit, si
cétait regarder dans
le tain du miroir
jusquau bris du miroir:
mots vides de calcul,
habités de soupçons
reflet toi ou toi ou
toi dun réel fluide & transparent
reflet, figure
simplifiée, transfiguration, trans-
parence même ainsi:
si jétais géomètre, dirais-tu
ou arpenteur,
oui:
toute mesure étant superposable,
toute équation résolue,
& tous les lieux investis
si donc javais endossé
lhabit celui de qui
je fus toi, ou lui
oui, si cétait changer
ainsi le train des choses, lordre
des mots, lépaisseur, la substance
des actes qui composent, mettent
en balance, justifient
& disposent
oui, ne plus me
connaître moi
quailleurs
étant dici
que là, étant
déjà parti
à la rencontre
de qui attend, celui-
ci sur ce pont, sous ce pont
au pied de ce rempart, dans le courant
du fleuve, le regard qui suit ou
devance le courant, dans limmobile
instant qui devance
ou bien être
assis à cette table & regardant la lumière
accoucher sur cette feuille dun corps de phrases
sitôt écrites quen allées vers leffacement:
formes
des formes insensées qui font sens, si cétait
***
es-tu
es-tu es-tu lautre
es-tu
lautre de lautre?
le reflet, le reflux
de toi-même en toi-même?
es-tu cette perdition dêtre
& la voix dombre
est-elle est-elle elle-même ailée
aile dair battu par une langue
non-apprise es-tu la voix?
es-tu lautre forme de moi, forme inversée
de mon visage tout absence?
Comme tes mots me mangent, comme tu te perds
là-dedans, comme dedans cest ce qui ronge
et cest ce qui assimile traque
achevée, le fauve sassimile
le corps mort de son désir,
& donc où est le mort, le corps mort du dedans
et le visage de labsence
sous la face du vivant
qui mange, qui sassimile
le corps mort de son désir?
Mort très vivant qui mange,
es-tu, toi, lautre de lautre,
ce mort qui mange sa propre vie?
es-tu son dernier mot, sa sentence même?
nes-tu que ce ventre qui parle,
qui sapaise en se déchirant?
es-tu es-tu vraiment
lautre de lautre qui me mange
et me rend semblable à ce qui me désire,
à ce qui me renverse,
à ce qui me disperse:
aile de vent
dans le théâtre dombres.
Vivant dans le cercle,
être familier des ombres
et du débat des ombres avec les ombres,
participer du fond du cercle
à la danse des ombres, être
surface vive sous son propre visage,
apposée à sa face dombre,
être la troisième personne,
celle qui décline et se tait,
celle qui regarde les ombres bavarder
et ne plus se voir
et nêtre plus lautre de lautre,
ne plus être que linterrogation.
Nêtre plus cette déperdition.
Redevenir désir, avant repartir en chasse.
Sous le couvert, avant le dépècement.
Avant le bavardage, avant la danse dombres.
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