Autour Uluru (extraits)

Librairie-Galerie Racine, Paris, 2002
Nicolas Kurtovitch

   



Les hommes blancs disent que Uluru, qui se tient quelque part au sud-ouest, à l’intérieur de l’immense Amadeus Basin, a six cents millions d’années d’existence autonome, singulière. La formation géologique s’est développée sur un vaste espace qui, il y a neuf cents millions d’années, était sous le niveau de la mer ou juste à son niveau, endroit propice pour l’accumulation de sédiments plus ou moins durs plus ou moins résistants à l’érosion, l’érosion qui en ces lieux aime prendre différents véhicules, le vent, la pluie, l’eau courante, et même la mer. Par six fois les basses terres autour du Rocher ont été recouvertes, ou partiellement recouvertes, par l’océan, le grand monolithe lui s’est toujours tenu au-dessus de la furie des eaux dont les vagues ont malgré tout donné formes et dessins au pourtour de Uluru. Aujourd’hui ce qu’on voit de rouge sont les dunes de sable rouge apporté par les grands vents des âges glaciaires. De tous les sédiments déposés seuls les plus résistants demeurent et ils sont Uluru; les autres sont partis en poussière, et continuent de s’en aller, créant ainsi une perpétuelle reformation, invisible aux yeux des hommes mais sensible à leur cœur.

Ça, c’est l’histoire géologique des hommes blancs, et pourquoi pas.
Il y a aussi l’histoire des autres hommes, ceux qui savent, ceux qui ont une autre vue.

Les Grands Ancêtres se promenaient dans les environs, aux temps où rien n’existait, où tout se créait, ils aimaient prendre leur temps et apprécier l’immense espace. Ce sont leurs traces que l’on voit partout sur le continent et particulièrement dans les déserts. Ici, à Uluru, les Mala Hare Wallaby ont laissé les traces de leur combat contre le Dingo Kurpany, et Kuniya, la femme Python, est encore bien présente dans son combat contre Liru le serpent poisson, et il y a bien d’autres histoires, bien d’autres traces. Tout cela est visible: les Grands Ancêtres ont fait en sorte que tout soit clair et intelligible pour que leur enseignement permette aux Hommes de bien vivre ici… Ces enseignements, personne ne les oublie. Bien au contraire les classes se poursuivent chaque année, les petits apprennent et finissent par savoir. Uluru est une université, une encyclopédie, une somme de savoir-être, de sagesse, tout autant que de beauté.

Voilà l’autre histoire.

 

Ayers Rock

 

***

Le 13 octobre 1872, Ernest Gilles aperçoit au loin, dans la brume, une masse énorme de roche, de pierre, de sable, il ne sait trop, mais il ne reviendra que l’année suivante. Deux mois après que Mister Goose avec ses chameaux ait campé au pied de Uluru, il trouvera satisfaisant de nommer l’immense monolithe Ayers Rock du nom du premier ministre de son pays. Certainement il ne connaissait pas le nom que les Anangus lui donnent; les Anangus avaient dû s’éloigner en voyant l’étrange caravane de l’explorateur se profiler à l’horizon, l’immense horizon qui ne laisse rien dissimulé.

Goose fera l’ascension du Rocher.

Antakarinja
Pitjantajatjara
Ngatajara
Luritja
Pintupi
Ngarti
Warlpiri
Warumungu
Bularnu
Anmatyerre
Alyawarre
Arrernte

Voilà quelques-uns des noms des communautés qui vivent au centre de l’Australie, dans le grand désert. Ils sont tous là depuis si longtemps, ils savent lire et entendre le livre du désert.

Ils étaient tous là lors de la cérémonie de rétrocession du Parc Uluru à la communauté Anunga le 26 octobre 1985.

Ils sont encore et toujours là autour de nous, peut-être marchent-ils avec nous, cachés dans le cœur des esprits du rêve de Mala, de Liru, de Itjaritjari.

Ils sont partis
N’ont rien laissé sur le sable
Sinon un chant
De peur qu’on ne se perde

Un mot
Un seul venant d’eux
Et je tournerai sans fin

Autour de Uluru
Autour du monde
Autour de moi
Avec des cris de joie
Des chants d’allégresse
Des enjambées géantes.

***

Je suis déjà venu ici, deux fois, aussi je peux imaginer bien longtemps avant de le voir, le Rocher planté là, sur le sable. Il est large, long et haut, avec des creux et des bosses, des pleins et des vides, du lisse et du rugueux, du clair et du sombre, du haut et du bas, du sec et de l’humide, des herbes autour et de l’aridité absolue, du vent et du calme total, du bruit et du silence. Le Rocher là, suffisamment volumineux, a permis la croissance de la végétation, la présence de l’eau en certains endroits, parfois en permanence, le plus souvent intermittente, mais le sous-sol, c’est certain, garde l’humidité, et la végétation y puise ses maigres besoins car l’herbe y est fine, légère et souple, les arbustes plutôt épineux et pas excessivement feuillus. Quelques arbres qui parfois s’assemblent et créent une petite forêt où il ferait bon planter sa colonne vertébrale et devenir à son tour un arbre.

La pluie, paraît-il, lorsqu’elle tombe à verse, en véritable déluge d’une eau épaisse et noire, transforme Uluru en un lieu tout autre.

Pas d’occasion de pluie
Ce que j’en ai vu en photo
Donne l’envie d’y être
Collé à la paroi
Tout naturellement
Etre nu
Dans l’eau boueuse

Partir au petit matin
Pour voir le soleil
Sur mon cœur sur mon âme
Se lever sur Uluru

En route
Sans y avoir pris garde
Etre pris entre lune et soleil

***

Il y a quatre faces à Uluru [la face nord, la face est, la sud et celle de l’ouest]. Chacune a son histoire et ces histoires impliquent animaux, animaux-humains, humains, présent, passé, devenir. Tjukurpa, imagination et rêve. Chacune de ces faces porte sur elle une part de l’histoire du peuple Anunga. La roche est la page où s’écrit la vie. Les plis, les couleurs, les petits rochers, les petites protubérances, les ombres, les trous, les pics, les traînées laissées par l’eau lorsqu’il pleut, sont les signes et l’alphabet qu’il faut apprendre à déchiffrer. Les enfants le font dès le plus jeune âge, ils aiment ça, les histoires des Grands Ancêtres qui laissent des traces. Certains peuples ont des cathédrales, des archives, des cordes à nœuds, des mémoires électroniques; les Anunga ont Uluru. Ils ont aussi des chants, des généalogies, des danses et des peintures. Périodiquement tout est renouvelé, recréé, la vie est alors relancée, pas seulement la leur, mais la vie de toute la planète, la nôtre donc également.

***

Le serpent dit
Demain au petit jour
Je serai une rivière

Le serpent dit
Demain avant l’aube
Je serai le tonnerre

Le serpent dit
Demain à tout moment
Souviens-toi

Le serpent insaisissable est un simple trait dans la pierre, c’est une ombre de pluie, une ombre d’eau venant des millénaires passés, il se livre et dit à sa manière tranquille le monde et les humains enlacés.

En passant la face nord
Les visages de millions d’aborigènes
Venus méditer par ici
Surgissent devant moi
Franchir montagnes et traverser torrents
Soulever à peine quelques grammes de sable rouge
Tout cela fatigue et courbe le corps
De cette fatigue surgit le ciel
Bleu seulement bleu à la verticale
Imaginer ciel bleu roche rouge
Qui se détachent à chaque pas sur sable brûlant
Au-dessus des courbes des traits des pics
Et nous aspirent

Il ne pleuvra pas, c’est une certitude, ni aujourd’hui ni demain. Quand je pense que la dernière fois que nous sommes venus, et repartis, il a plu dès le lendemain du départ, une pluie jamais vue de mémoire de vivants. Il paraît même qu’il y a déjà eu une sorte de neige ou de grésil, là-haut, au sommet, à trois cents mètres d’altitude. Tant pis. Mais je me verrais bien toute la saison arpenter la roche dégoulinante d’eau, longer les cascades, mouillé de la tête aux pieds, seul. Les bêtes, lorsque ce n’est pas nécessaire d’être dehors, restent plongées sous la terre ou se tiennent cachées sous un tronc sec, par habitude et par sagesse, alors que moi je suis, je reste dans mon orage rêvé, tout à mon enthousiasme, tout à ma découverte et à mon désir enfin assouvi d’entendre au plus près les sons de la vie première, cette vie première, cette vie originelle que je sens être ici toute proche du vrai, toute proche du début et en même temps à fleur de contact, prête à se donner.

Trop de cartésianisme m’empêche d’accepter comme vérité unique l’histoire des origines, celles d’un serpent-ancêtre, d’une femme-oiseau, d’un souffle qu’il faudra continuellement renouveler. Mais, au bout du compte, qu’importent les vérités géologiques, géomorphologiques, les vérités scientifiques et vérifiables, ces vérités n’ont pas apporté aux hommes davantage de bonheur ni davantage de justice, davantage d’amour ou d’amitié à travers le monde et à travers les ans. L’homme-lézard, lui, porte sur son dos l’arc-en-ciel, et Uluru m’est offert comme échelle; de son dos je bondirai sur l’arc-en-ciel que je chevaucherai, et j’y croiserai les nuages blancs.

Un cri d’oiseau
Pour moi presque quelconque
Ignorance
De ne rien pouvoir entendre
Certainement qu’il me chante
Où poser mes pieds où marcher
Où regarder que voir et ne pas perdre mon temps
Déambuler stupidement

Ah! entendre dans le bruit
D’une pierre qui roule
Tombe d’en haut
Plus qu’un heurt
Entendre le salut
Complet
Total et joyeux
Edifiant de Uluru
Résonner dans mon cœur

Je vais
Je suis
Marchant au plus près du roc
Le dos plus exactement
Épaule droite
Tout le côté droit appuyé
Frôlant le roc par moment
Je me tourne
Ventre à toucher
Roc et grains de pierre
À peine collés
Se détachent se collent à moi

Sommes-nous si transparents
Qu’en plein désert de Gibson
Les hommes nus et le sable
Emportent tristesse et ignorance

***

On a commencé la marche autour de Uluru par la face ouest, pas très loin de là où les ancêtres, mi-animaux mi-humains faisaient leurs cérémonies. On a tourné autour du Rocher dans le sens des aiguilles d’une montre et c’est certain, l’ouest et le nord en sont les lieux les plus mystérieux. Des crevasses, des grottes, des trous, d’immenses lèvres ouvertes, des bouches par lesquelles le rocher nous mange, mais des lèvres de sexe féminin aussi qui m’aspirent, et sans distinction de digestion j’entre dans le corps du pays. Il y a d’immenses surfaces, verticales et parfaitement lisses où, c’est sûr, aucun humain n’a jamais mis le pied, seuls les yeux, comme les miens aujourd’hui peuvent se poser là et créer le dialogue avec la pierre, avec le vent, les bruits et les nuances de gris ou de rouge.

Il y a une indéniable présence féminine à Uluru, de ces femmes qui nous donnent vie et nous nourrissent les premiers mois de notre vie. Pourtant la mort n’est jamais bien loin, elle sait nous débusquer alors que nous nous croyons bien à l’abri, sous la protection du Rocher et de la paix qui peu à peu nous envahit. Au moment où je relis ces lignes, où je regarde ces photos, je pense à ce tout jeune homme mort loin de chez lui, il y a une semaine. Il a vécu ses tout derniers jours enfermé dans une bulle à l’hôpital, seul, hors de tout contact et si loin d’ici et l’annonce de sa mort nous a rattrapés au retour de la marche.

Comme il aurait aimé
Avant de partir
Voir Uluru
Tout de rouge couvert
Il s’y serait contemplé
À jamais grand et solide

Ne pas grimper Uluru
Suivre l’injonction des Anunga
Grimper Uluru
En toute connaissance
Affirmer l’universalité des hommes
Au sommet
Y reconnaître l’âme de David
Comme s’il revenait aujourd’hui
Vivre à Montagne Froide

***

Nous arrivons au point d’eau. Il paraît que ce trou n’est jamais à sec, pourquoi le serait-il? L’endroit est idéal; l’altitude du Rocher pour arrêter les nuages, des arbres qui font de l’ombre, des arbustes pour l’équilibre et reposer le regard, des herbes, des oiseaux, de la terre battue où s’asseoir près de l’eau et attendre que le souffle se calme, qu’il s’accorde au temps et au lieu, à la paix, au repos ou à la beauté. Je pense au fait que nous les humains, nous sommes perpétuellement à la recherche d’un lieu où nous pourrions être éternellement bien.

Il suffit
De quelques arbres
Le corps fatigué trouve sa place
La forêt ici mère de toutes les autres

***

Au bord de la maigre rivière
Le pays du rêve de la fourmi à miel
J’essaie de retrouver la trace des hommes
Qui suivent une piste invisible
Jusqu’au point d’eau guidé par le chant
L’ancêtre nous laisse son héritage
Une vision du monde des humains
Au moment de mourir
Le regard vers le ciel

L’idée du Rocher en pleine vie
Couvrant l’horizon de sa sèche couleur
De crevasses en cavernes brunes
Passer au-delà de l’arête du ciel

Si je pouvais, d’un coup d’aile, d’un seul et unique bond me retrouver à plusieurs kilomètres de là, j’aurais une vue complémentaire de Uluru. Les yeux fermés je me laisse prendre. Les esprits me prennent, m’emportent avec eux, me déposent ailleurs, là où précisément je souhaitais être.

Le Vieil Homme, Uluru lui-même, semble ainsi, couché entre deux arbres, simplement dormir alors qu’en s’en allant, le soleil laisse une ombre gigantesque recouvrir nos pas précipités d’hommes d’ailleurs. J’imagine qu’on peut, maintenant qu’il s’est endormi, se faufiler entre les arbustes, entre les dunes rouges, celles qui surgissent à intervalles réguliers comme une magnifique houle de terre et d’herbe, se faufiler jusqu’aux pieds mêmes du Vieil Homme, tout près à l’écouter, à le toucher, avec émotion se tenir près de son cœur. Là, j’entendrai le serpent Arc-en-ciel tracer la route sous le sable alors qu’en surface, sans que je ne les vois, les hommes nus marchent jusqu’à l’océan indien.

Le cœur du Vieil Homme les accompagne, il est peint sur la roche, il est peint sur le sable et sur leur corps. Le monde ancien se dévoile au fur et à mesure, parce qu’il est aimé, parce qu’il est entendu. Sur les peaux noires des hommes nus, des mains enduites de blanc retracent l’itinéraire que les anciens ont d’abord rêvé. Alors se rencontrent les vies d’aujourd’hui, multiples et le souffle du monde qui donne existence.

L’itinéraire est limpide et alors que le Vieil Homme dormira jusqu’au matin, entre deux arbres, j’entendrai les voix passer entre les branches, comme elles passent dans le bois que les termites ont creusé pour en faire un instrument de musique merveilleux.

L’esprit des Wadjinis comme un nuage
Au-dessus du désert
Je suis par miracle l’esprit oiseau
Voler au-dessus de Uluru ne suffit pas

De longues traînées de roches dures
Roses rouges ocres et plus rien
Les clefs d’un monde si ancien
Uniquement celles du cœur l’esprit vide

Un pas puis trois pas dix mille pas
Sont comme faire le tour de sa vie
Et au bout de Uluru
L’horizon tourne

***

Marchant
Je sens notre ombre
Abriter chacun
D’un soleil trop fort
Il est inutile de s’arrêter partout

Ce matin je pensais
La pierre sera chaude
Ma main n’aura pas le temps d’y rester accolée
De sueur mon corps tout entier mouillé

Le sommet de Uluru il paraît est comme la mer
Avec des vagues la houle et le vent
Aux pieds bien sages je marche en évitant
Les cailloux affûtés les herbes coupantes
Les branches les brindilles qui craquent sous mes pieds

Sable rouge et semelles grises se mêlent en poussière

En marchant, toujours à l’horizontale car le chemin suivi ne monte ni ne descend, nous nous sommes élevés pour rejoindre le ciel. Les pensées tristes, ou belliqueuses, les petites souffrances provoquées par un ego trop présent, l’intérêt pour des choses que l’on sait, l’intérêt pour des choses que l’on sait pertinemment être futiles, trop futiles, sont partis peu à peu, à chaque pas, comme diluées, transformées en vapeur par la chaleur du lieu. Une chaleur qui n’est pas uniquement due à la température du désert. Une chaleur qui est tout autant intérieure; de la même nature que celle qui se crée dans le corps des yogis du Tibet, qui, lors de leur méditation, parviennent à faire sécher sur leur peau des draps préalablement trempés dans l’eau.

Malheureusement, on marche aussi sur la route, sur tout le tour elle est goudronnée, quadrillée de lignes blanches et jaunes, sans trous ni bosses, sans herbes qui dépassent au milieu, quant à celles du bord elles sont bien cantonnées justement, à la limite des bords. Pourquoi n’ont-ils pas, les responsables, aborigènes et rangers, tracé une piste en terre, plus éloignée, passant à au moins cent mètres du Rocher? Si quelqu’un désire faire le tour en véhicule, pourquoi pas, je suis certain que personne ne trouverait rien à redire si, pour des raisons de qualité de revêtement, il fallait faire ce tour à petite vitesse, en appréciant autant les chaos et la poussière que les formes de Uluru.

En approchant, à la fin de la marche, du point d’arrivée, point de départ, nous nous attendons au silence. Nous aspirons au silence, au calme et au recueillement qu’il créera. Nous espérons prendre en nous les ultimes moments de beauté en côtoyant, au plus près, la roche du Rocher, l’eau du trou d’eau, l’herbe à l’ombre des quelques arbres, la présence dans l’impalpable de l’esprit bienfaisant des sages qui sont passés à Uluru, au soir de leur vie sur terre.

Au bout d’un moment, si nous gardons les yeux rivés sur le sentier à chaque pas, un travail se fait en soi. Il se fait tout seul, sans que nous le voulions, simplement au départ il a fallu ouvrir la porte, rejeter le pittoresque, l’étrange, le curieux, l’intéressant, l’informatif, la recherche de la connaissance, toute forme de pensée. On parle de magie, pourquoi pas, s’il s’agit du mode opératoire dont la sérénité use pour se manifester. Là, autour de Uluru, c’est tout autre chose qu’une «grâce champêtre», autre chose qu’une gentille atmosphère spirituelle, sans lendemain. Ce «quelque chose», c’est le parcours d’un chemin vers le centre, centre de soi et centre du monde, mais il n’est définissable et compréhensible que pour soi. Toute autre personne ne peut faire que le chemin, et chemin faisant ressentir, si elle laisse son intuition s’exprimer, ce dont elle a besoin, ce qu’elle désire. La simplicité du lieu, le peu de traces humaines, m’ont permis de saisir par-delà le raisonnement, que le non-attachement n’est pas le non-intérêt, mais qu’il est une présence totale, complète, au monde. Uluru révèle, non pas de chimériques secrets au monde, non, mais tout simplement, et cela suffit pour poursuivre sa vie au mieux, une part de son être propre, de son propre amour, de sa propre joie.

L’horizon
bouché par la poussière
ni ciel ni sommet
Uluru s’estompe

Redfern est loin
Loin de Uluru
noyé dans Sydney
Chemins défoncés
Bières sangs et crack
Rien d’idéal

Le rêve ne peut plus être
s’il n’est pas également
à Redfern

Les australiens de l’origine
Meurent à la ville
De ne plus être au désert

À Redfern délabré
le rouge des maisons
rappelle la beauté du désert

Les peintres
Certains abos en ville
Sur des portières de voitures arrachées
Peignent le désert
Leur cœur de sable rouge
Leurs dents déchaussées
Sont les rocs détachés de Uluru

 
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