Remue
(là-bas la mer)
suivi de Ter

Paul Mathieu

   


Sur nos chemins tissés à tant de mains pour simple souci d'aujourd'hui
s'absentent les demeures d'inquiétude

Portes au large nous détaillons le grain des allées toutes les fleurs
oubliées dans le vide des pourquoi

mais perdre malgré tout le chemin

***

Parfois
l'errance s'avance jusqu'à la mer


posés au vide nos yeux installent leur dialogue avec l'

reprennent leur fuite au ruisseau des folies

***

À quelle armistice ordonner notre piège - à quelle forme?

Dans les architectures désarçonnées au gré des épaves s'évoile le grisé
du temps quelques traits outre les aspects et les coutumes

À grand fracas les rumeurs établissent le paysage habitable

De ces inclinations choisies au goût de l'incertain
où enfouir l'instant

des mondes à construire

***

Dans la dérive s'installe le terme - la fuite des rives et des ancres des nacres et des hivers - le départ s'accroche aux reliefs du sommeil ou du rêve faces jumelles du même émoi

Ne pas s'y tromper d'ailleurs retourner à l'arbre au fruit sucré pour de bon et peint de couleurs vives

Sur le drapeau des feuilles veines ouvertes à leur soleil deux ou trois tavelures

***

En telle latitude baignée d'absence plus de faces livides

Règne dans cette assise du moment l'idée des successifs

la perception de tous les possibles

***

Par ce croisillon de lumière à fouiller au plus juste entre-t-il davantage de vent ou d'illusions?

À peine sur le sable ventre-de-biche poser ses pas son sabot en saillie pour dégrossir le sol

le rendre moins vierge

***

Dans ce réduit affrontés à l'extérieur comme à notre propre pénombre
où est le pire menteur

Le ciel insoluble ou l'œil le nôtre à contempler le temps?

***

Battue par les flots une monnaie confiée à la mer joue sa note sur la partition de l'Histoire:

à l'architecture sonore ainsi assemblée pourrons-nous rapporter le pas de l'instable?

***

Au tricotage des possibles s'articulent les mots couverts:

les lames répètent et innovent sans cesse elles signent l'ondulante marche des mots

fleurs à même l'écume

***

À chaque vague son péan

ce lieu où être pour de bon

Se taire pour mieux parler c'est à ce prix que vaut vivre

***

S'effacer hors les tempêtes urbaines aux aisselles des rues
devant la récompense toujours attendue

- douleur salée où tisser le bruit et l'humeur sans étonnement
autre que l'improbable mélopée d'un passage où ne vont nuls pas

***

Cachés dans notre logorrhée liés pour tout reconstruire

s'agit de dire notre soif du monde - cette sorte

de cassure qu'il faut bâtir

En ce drame échafaudé à coups d'archets et d'ahans
passe l'hypnose du langage à la charrette du définitif

Mais nous demeurons à scruter notre atome quand devrions dévêtir la nuit étoile après l'autre

dans l'immensité des envers

***

Sous notre ciel de nacre les voiles d'or vont filant leur œuvre

- dormir dans l'orbite du penchant noir des choses

Pourrissante la langue jetée au poids de l'usage

comme ces regards que l'on ne sait en quel tiroir ranger

***

Au milieu du bruit pourquoi briser nos miroirs quand toujours marchons aveugles?

Soifs d'échos pourtant - ô ce dilemme
aimer l'écho et fuir le bruit

 

***

 

TER

À mille conduits invisibles la plage répète en ses sables la confusion des flots pour lentement déplier ses oiseaux aux dentelles de vagues

Face au large à l'incertain sûr du vide et de deux ou trois meubles de rencontre l'homme est là rivé au clou de l'instant

Dans cet enroulement d'images il veut gagner l'écueil du possible - du même mot du même élan

En ce lieu du lieu s'articule la table d'horizon: un rien d'hésitation - bouée rouge roulée entre deux houles pour soupeser le bon sens - humer l'essentiel

Immobile pour mieux perdre son nom à la charnière toujours redite des éléments fiché en cette terre qui n'est pas la terre le dormant - le poète - interroge le silence et sollicite les rumeurs

Murmure marin mur en l'horizon murmure mesureur d'astres

Cheveux d'algues abandonnés aux sables lourds tricots d'existence aux épaules de la plage où prendre au mot les poissons étranges des fosses océanes - Tout cela vit et grouille au moment même du regard Ensemble le cachalot à l'étreinte des abysses et le puffin flirtant avec la vague

En cette plage cette mer à toutes les latitudes abandonnées comme génitrice d'astres à rebours abîmé à cet angle de l'être le dormant brille à son horizon

Là et ailleurs à l'image du goéland immobile contre le vent voilà le poète penché à même l'eau devenir la terre déterrer le sens se taire

Sens en l'absence de sens - convergence de l'être au point fixe des marées

En cette idée s'abandonne la mort - à la noue de l'eau et du sable de la nue et du désert
 

 
 
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