Le
fleuve a monté
une fois encore
leau envahi
les premières marches
des escaliers
de pierre - là-bas
dans la descente
incrustée de mousse
se sont réunis
les pêcheurs
Vieux taquets
solitaires
le fer a rouillé
tout son saoul
les marches servant
daccès à la plate-forme
semblent avoir signé
un pacte
avec les mousses
et les algues
Leau clapote
contre la pierre
maintes et maintes fois
sollicitée
lon sattendrait devant
tant dacharnement
à la voir seffriter
mais elle joue lindifférente
- dans mille ans peut-être
se lassera-t-elle?
Masse de lierre
dévalant la digue
à la manière
dune chute deau
mais le temps sest figé
sous le poids des branches
seule lextrémité
offre prise aujourdhui
au vent
et au fleuve
Le courant est
fort ici
qui partage le lit
en deux bras inégaux
leau en cette fin dhiver
opaque
mais de temps en temps
un débris émerge
qui rappelle au fleuve
son rôle premier
Le vent a glacé
jusquà mes os
mais mon cur
est intact
jobserve les rides
qui se forment
à lintersection
des eaux, à proximité
des socles de pierre
- et pense à Bashô
***
Brouillard épais
ce matin
nappe blanche qui
se déplace
lentement
avec le fleuve
au-dedans
de moi
cette présence
si claire
Leau ruisselle entre
les pavés
encore et encore
assaillis
chemine
révèle un détail
dépose là
quelques traces
sitôt effacées
par le nouveau flux
Surplombant le fleuve
le vieux saule
tronc noir et noueux
tiges grêles
qui ploient
sous la brise et
strient le ciel
avec ça et là
la complicité
de touffes parasites
Battements dailes
qui trouent
le silence et
semblent faire
avancer plus vite
le courant où
je lis avec délices
les ombres
reflétées sur la
peau verte
Le fleuve
aujourdhui
sous lemprise
du vent nest plus
quun grand damier
de plaques
tour à tour lisses
et ridées, aux
mille frontières
sans cesse révisées
Fixer cet instant
sur la pellicule?
à cela
je préfère
le simple tracés dailes
sur ma mémoire
doù surgiront
peut-être
un peu plus tard
qui sait? les mots