Le silence de la parole

Sylvia Metz

   


Retrouver la fluvialité
la densité

ce que le territoire
recèle en lui-même

mais suppose que
nous fassions d’abord

pour le découvrir
le chemin hors de nous

– exorcisme
et métamorphoses

 

Dire plus loin
plus haut

déplacer le dire
vers un plus de silence

de lumière, et
pénétrer sa substance

car elle est aussi
langage

elle est ce rien qui
nous porte

 

Maintenir l’en-dedans
et l’en-dehors

dans une même
démarche

faire qu’aucun
ne trahisse l’autre

n’ait place ailleurs
qu’en ce même

qui déjà
se substitue à l’autre

 

Laisser courir le sens
au-delà du sens

les mots
au-delà des mots

qui disent
mais taisent l’essentiel

– face à cette absence
de signes

poser ses propres
signes

 

Et les mots
de se taire parfois

même quand
le paysage est là

qui nous déborde et
l’envie de dire

tapie au creux
de l’estomac

– à quel dieu
s’abandonner?

 

Pris dans un tourbillon
de beauté

que reste-t-il à l’homme
sinon tenter de dire

cette fulgurance
ce point de non-retour

où l’esprit se vide
de tous les préjugés

pour venir embrasser
le monde?