Sagesse de la terre

Marinette Marchal

   
 

Au hasard d’un piquet
Un rapace

J’aime rencontrer ces buses
Qui jalonnent l’espace

Face à face
Détour de brume
Pas le temps d’avoir peur
Et l’on se voit
Le temps d’un regard

***

Les jets d’eau
enluminent
les baisers du soleil

La terre est feuille
avant d’être racine

La chute
Puis
la naissance

***

Le soleil
pointe le sein
contre le volet fermé

La nuit pleine
des grâces de l’envol
m’emplit
en corps

Parfum de châtaignes
tombées sur l’humus
La bogue fendue
laisse voir le fruit

***

Racine silicée
de l’arbre échoué
Fruits d’os ou de nacre
battus par l’oubli
Le bois élève la dune
Aujourd’hui là
Initiale changeante
d’un dos qui aime
à prendre le soleil

***

Marelle d’iceberg
Je passe de la terre
au ciel
scrutant l’écume des oiseaux

Redescendre
sur le sable

Après la glace
lumineuse sous ton pas
Garder en soi
ces craquements complices

Douces lézardes

***

Le cou vers l’ouest
Idéogrammes sur le ciel
les oies du printemps

Le vol des bernaches
joue la démesure
boussole d’azur

***

Canyons gonflés
de genêts lumineux
Chandelles d’asphodèles
aux flammèches rosées
Torches de mimosas

le chardonneret
soudain disparaît
éclaboussé par les fleurs

***

D’un coup d’aile
– amant pressé –
le vanneau
ensemence sa femelle
sous la tonnelle
– amant discret –
du forsythia

 

Silhouette claire
presque faucon
elle plane près du sol
lance traquant
les pas – la fuite –
le repas
Étreinte avec le vent
lente lancinante
La pointe des ailes
trempée dans l’encre
trace des graphes sympathiques

Sans doute parfumée
le busard laisse
sa carte
de visiteur d’été

***

Je choisis l’ombre
Mais pas une ombre qui te suive
Une ombre ronde
Une ombre d’olive juteuse
de dattes entre deux traversées

une ombre de grues qui ondoient sur le ciel

de fontaine en pierre
au centre du village

une ombre d’ombelle sur le bord du chemin

de cerf-volant tiré par un gamin

Je choisis l’ombre
Une ombre pleine et bonne
qui te prodigue la fraîcheur
aux midis secs
écrasés de poussière

 

Chapelets de moutons
à flanc de colline

les cactées jouent les miroirs
et renvoient de cuisants reflets

Tête blanche dans le ciel
le vautour fauve
laisse porter l’aile paresseuse
et hume
une odeur de charogne

***

Fragile – palpitant
l’équilibre sur le tranchant du jour

un nuage de vanneaux papillonne
vers Verlaine

aube – soir crépuscule
acrobate indécis

cordon ombilical
des grues qui cherchent
la terre où faire naître

Croââ ! la corneille dédaigne le dortoir
le lièvre s’ensommeille
et la brume
forte de rosée
efface les ailes d’hier
pour les élytres d’aujourd’hui

Plaines, chevaux, éoliennes

Pensées migratrices dans le vent
lâchées comme des voiles
hors des mâts

 

   
 
 
 
Ecrire à l'auteure