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Comme la dernière lumière du jour
dans la vallée oubliée des nuages
loin, lautre versant sillumine
et tous les vents en sifflant
remontent la montagne.
Cette lueur : le signe.
Lheure est venue de la marche.
En traversant la baie en garrigue,
nous avançons vers les montagnes,
qui jouent, malicieuses,
à disparaître dans les nuages.
Cent chemins possibles.
Un chemin pris :
larc se détend,
ce chemin est le seul.
En haut, le sec -
en bas, lhumide :

tout sinverse,
et dans la roue,
le présent dans le creux de la baie
et le souvenir du versant
sont toujours confondus.
(plus dheures alors,
le soleil tourne
et vire au blanc de lune.)
Au plus près,
le vent au Sud
le visage dOuest levé,
lancé le soleil derrière,
la mer au côté ;
un flanc deau,
un flanc dherbes et de broussailles,
la montagne dessinée
en crête dans les yeux
un contour doux,
qui mime un chemin
ou une vibration donde
(cerveau ouvert,
tracé ancien,
ondes lentes)
Danciens textes lunaires parlent
du premier cri doiseau daube,
vers la trouée du jour
cette note fut entendue,
résonne encore,
vibre un point déchine nette
autre tracé que celui-là,
maturé depuis comme diapason Toujours vers la montagne,
le temps joue,
un enfant saute sur le côté,
compte sans compter,
rejoue tout un monde.
Nous allons,
déployés vers lassise,
et lentement,
quelques figures se dessinent
dans les montagnes
(quon oublie en les regardant venir).
Un souvenir de carte ou darcane revient là
un lien dans les figures,
peut-être une forme de symbole ;
lancien dans le nouveau.
Un souvenir de chaleur femme,
le premier à renaître,
se reprend à la première figure
- hanche jouée,
chaleur replongée charnelle
et yeux doiseau aigus
A lapproche,
les oiseaux cambrent leur vol,
la figure se résout en lancer doiseaux migres,
disparaît en vol dans la montagne
rideau des oiseaux.
Quelques sons soufflés,
quelques lumières diaprées
Jai lu la figure et repris laugure :
laugure est le vol.

Par hasard ou par erreur,
la deuxième figure sort de létonnement,
rêve de musique sans musicien,
de jeux dapnée du sang dans le cerveau,
de marche inverse dans les forêts.
La figure sécrit en seffaçant,
elle disparaît sans apparaître
laugure est le rire.

En marchant sous les arbres,
se dessine un autre chemin,
infléchi par de brusques envolées
doiseaux rares,
par des effluves en méandres,
des rochers en socs sur lesquels,
par hasard,
le tracé parcouru est déjà inscrit,
le récit à venir prêt à émerger,
au gré du chemin
Laugure est le chemin.

Encore dans la lumière du matin,
orangée, le relief se donne
à toutes les figures de roches ocres,
anamorphiques,
pour le jeu de lil concentré,
errant, nomade
(toutes les pierres,
tous les visages ;
toutes les algues,
toutes les écritures ;
tous les tracés ailés,
tous les chemins,
toutes les augures
Laugure est le signe.

Plus loin encore dans la montagne,
cinquième figure dimmortel,
la marche élane du sage se suit
de fines géologies en histoires décorce,
chemin étoilé ou coulée tellure.
Laugure est le guide.
Cinq augures, cinq figures
cinq lectures au secret du livre :
lheure est venue du récit,
et votre mémoire sinscrira bientôt
dans ces signes de montagne.

Estérel, juillet 2000
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