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Sur cette pierre
Moi, pierre, sous lempreinte fraîche dun oiseau qui
vient de boire, je suis. Massivement, là où les hommes vont
pensivement.
Entre le froid et moi pas de distance.
Entre mon âme et la canicule, la même naissance.
Aucune peau pour mabriter du vent, je my baigne directement.
Aucune chair pour éprouver un poids de neige, je suis la neige
de moi-même, figée depuis longtemps.
Par la force des choses, je sais la nature de la nature, le silence et
le désespoir vivant que lherbe cèle dans ses graines
et tous les animaux, dans leur propre descendance.
Je ne connais dautre succession que moi-même, hormis quelques
hommes passant là, plutôt ingrats, méconnaissant,
que je veux bien adopter.
Enfants dun autre âge, je ne cesse de vous léguer un
signe immuable et limmuable parfaitement.
Et le signe de lamour car je reçois tout et ne réserve
rien de moi.
Tailleurs de vieilles croix de pierre, éprouvez contre moi vos
résistances et vos futiles espoirs.
La croix est là, vous oubliez la pierre, le bel informe, la nudité
par excellence, la respiration primitive qui nous rendrait la vie, muette,
sans traces, plus forte que les forêts abattues, que les loups et
cerfs encagés mais insaisissables, que les empoisonnements ou les
coups de foudre. Ô délicats, laissez-là lempreinte
de loiseau.
Le temps est venu dapprendre, de plonger dans ce qui vous semble
une indifférence, une indifférence au temps qui passe, au
temps quil fait; de vous affilier à léternelle
descente qui tient mes entrailles indéfiniment, qui scelle lorthose
et le mica et les grains gras de quartz ensemble.
Vents et marées montent et descendent, la lune se fait et se défait,
la mare sassèche et la gorge se désaltère.
Alors que ma pâle transparence, invisible, respire le poumon de
toutes choses, alors que ma pâle transparence vibrante se cache
et se connaît dans le battement dailes et dans les sautillements
et dans les beuglements tardifs, dans le déchirement des faînes
rares, dans les fruits se mêlant aux orties.
Lair est dans la pierre, la pierre sévapore et se répand,
tant dévoilée quelle échappe au regard. La
pierre se dissout dans les sucs et sagrège dans les os, les
nervures, les cornes. La pierre sous-tend la terre cristalline et le revers
du temps. Fondez là votre vivant.
Je suis la pierre, la peyre, la recoule, le roc.
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