LE PAPILLON DU SOMMET

 

Rien de bien spectaculaire
concernant les oiseaux migrateurs
en montagne…

Sur une chaîne de plusieurs centaines de kilomètres
deux, trois cols
propices au franchissement

Deux, trois cols
retentissant de vent à l’automne
saisis déjà par le gel
voies d’échanges
pour les feuilles d’arbres lointains
pour les nuages
et les lumières

Si les vents tournent au nord
faisant la bonne fortune des oiseaux
ces cols deviennent des portes royales
pour les espèces descendant de Scandinavie
en route pour l’Afrique ou le Moyen-Orient

Mon plus beau souvenir
d’oiseaux migrateurs rencontrés en montagne
c’était sur une crête herbeuse du Binntal
dans les encres légères d’un jour d’octobre

Un oiseau élégant
assez haut sur pattes
extraordinairement exotique
sortit du brouillard épais
piochant de son bec
dans les herbes étroites du sommet


Ma vue ne lui causa aucun effroi
il vint même à ma rencontre
curieuxAprès tous ces espaces
d’abstraites solitudes
il serait presque venu
me picorer dans le creux de la main
comme un pigeon

Si toutes ces pensées d’oiseaux et de trajectoires
me viennent à l’esprit
ici sur le sommet
c’est parce que tout à l’heure
j’ai vu le glacier jonché
de papillons morts

Me demandant quel instinct
avait pu les pousser
en de si hostiles contrées
j’ai songé
à l’ultime migration –
le cimetière des papillons?

Mais ici sur le sommet
bien au-dessus du glacier
je suis des yeux
un de ces papillons philosophiques
qui n’en finit pas de monter…

 

Alain Bernaud