Chemins

S’asseoir
à l’écart du chemin forestier
sur ces anciens éboulis
cartographiés de lichens

S’asseoir
comme le rosier des Alpes
bien enraciné
et qui laisse le monde
venir à lui

D’ici à l’horizon
la carte d’une humanité
toujours en partance
se déploie :
piste, voie
sente, sentier
tracé, layon
chemins noueux, sinueux, revêches
zigzaguants, déments
vieux sentiers de nos campagnes
de tant d’autres chemins
la terre étouffe :
l’Amazonie violée, assassinée, autopsiée
par les routes
le désert bradé, ses peuples sonnés
par les Paris-Dakar de notre suffisance !

Si les grands textes à leurs fondements
ont besoin de quelques chemins sûrs
il leur faut aussi prendre appui
sur le silence
sur les manuscrits anonymes et périssables
des pas dans la première neige
de quelques marcheurs tôt levés

D’autres voies sont ouvertes :
pistes ancestrales de migration des bêtes
les cols où tout s’échangeait
les marchandises, bien sûr, mais aussi
idées et vents

J’ai connu des chemins
qui ne menaient à rien
et j’ai éprouvé pour eux tous
une étrange fascination :
chemin aboutissant à une carrière abandonnée
chemin devenant torrent
chemin disparaissant sous la neige

À la fin des chemins par l’homme pensés
une piste autre commençait :
veines dans les pierres
eaux glissantes, murmurantes
et les neiges de silence

J’ai suivi
le long d’une plage à marée basse
des traces de pas
qui conduisaient à
un cercle
dessiné du doigt

Soulac, avril 1986 Kiental, juillet 1994

Alain Bernaud