| Vent
Vaste
terre !
Voici
que le vent venu nous visiter
se rue chargé de neige et de lumière
sur le long et plat pays
qui prolonge la mer
Cette
terre est vaste terre
lorsque souffle ce vent
ce grand vent
qui ne vient ni ne va
ne naît ni ne sapaise
mais qui est
Pour
quel il est-il fait ?
Pour
lil diamantin de loiseau
ouvert au mystère de sa course au-dessus de la mer
Pour
quel corps est-il fait ?
Pour
le corps fuselé de loiseau
déferlant dun seul coup daile la voile de plénitude
Sitôt
la mer quittée
il senroule autour de chaque chose
comme le flux autour des pierres de la côte
et notre maison sur sa route
provoque remous et tourbillons
comme un rocher au milieu de locéan
Vaste
fond sonore et vibrant
aux mille et une variations
Voici
le vent du large
clouant au port bateaux et hommes
bateaux bleus et blancs le long des quais
bateaux à la respiration tranquille
Rares
hommes sur la jetée
traînant de longs filets troués
Convergence
dîlots dhumanité
vers le Café du Port à Skagen
où jécoute parler une langue
qui ressemble aux grains qui tapent à la porte
quelquun soudain se met à essuyer
la buée dune vitre...
(On se croirait à Nantuket
à la veille dun jour qui narrive pas
à la veille du départ pour la pêche mystique)
Bon
sang, ce grand vent nous travaille tous
jusquoùnous fera-t-il bourlinguer ?
Trois
de mes compagnons de bar
débitent mille mots
comme des vagues précipitées
sur une côte rocailleuse
Dautres,
assis à une table, sont plongés
dans un silence inexpliqué
mais reconnaissable les jours de grand vent
Elle
tourne
au fond des verres
elle tourne
cette bière couleur de tourbe
comme un maelström inconnaissable
tous ont confié
la barre au vent
alors
ils chantent :
Aïe
aïe le vent souffle du large
chaque gréement est une harpe
Aïe
aïe la mer aux courtes vagues
qui peut calmer sa faim
Aïe
aïe la mer est en furie
et les oiseaux de mer à jeun
Aïe
aïe cest avril sulrives de la Mer Baltique
qui peut encore rêver dAcapulco
Dans
leur songe silencieux
le vent soulève des vagues hautes
comme des montagnes
rapprochant de nous autres mortels
tantôt le ciel
tantôt le fond de locéan
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