Landmannalaugar

Un lieu plus désert que le désert :
une mouche y est un être rare.
Pas de route.
Pour aller où ?

Pour ne pas voir ce vide,
les uns se laissent impressionner.
Pour ne pas entendre un silence
dénué d’aile ou de gosier,
les autres s’exclament devant tant de beauté.

S’ils voyaient cette beauté,
ils se tairaient, fermeraient les yeux,
honoreraient ce qui résonne en eux de semblable
(les lignes de suture, les orgues basaltiques du cerveau)
et de dissemblable :
un geste immuable daté
de bien avant les temps glaciaires
de bien avant les plus anciennes ères volcaniques.

De toutes les facettes brisées de toutes ses pierres,
le désert pressent sa course et le lait tiède.

Rêve d'homme ou élan du lieu ?

S’il fallait imaginer l’apparition d’un mammifère
spécifique à ce lieu, ils sauraient le faire,
en débattraient longuement.

Jeu inutile.

Renoncer à l’imagination
(abandonner la question),
renoncer par conséquent à la mémoire
(l’origine des comparaisons),
j’aime sentir cela.

J'aime être cela sans mémoire.

Anne Killi