Reconnaissance
Premiers arpents

Pas après pas
en ce jour d’automne,
faible clarté des pierres
humides, l’eau, l’œil

la vertigineuse avancée
sur les marches couvertes de mousse,
pas après pas, au cœur
du silence, faible clarté
des pierres humides

au cœur de la forêt, montant
le long du maigre ruisseau,
marches, blocs de pierre brutes
posées là, un seul geste ferme

le pied reproduisant le geste
lourd, muscles tendus,
ciel ouvert au-delà des branches,
lâche, dit la voix, puis se tait,
la pierre, le pied posés là

au cœur du silence, au cœur
de la forêt, glissant sur la terre,
puis redressé, rétabli, et pour
toujours là, ciel ouvert

branches étendues, vol
d’un oiseau jailli du faîte
d’un arbre, le corps tout entier
tendu, l’œil suivant vers le bas
le cours de l’eau

le pied sur la pierre close
couverte de mousse, faible clarté
mais plus vive en avançant,
l’œil, l’eau,
la vertigineuse avancée

l’effort pour placer le pied
là, avec l’eau, avec la pierre,
avec le ciel, avec l’oiseau, l’œil
tendu vers la terre, vers le ciel,
vers les branches fluides

écoute soutenue, posée,
lente et souple, patiente,
avec l’air, avec le léger souffle
à peine souffle, parlant

à peine, silencieux, trait
plus profond qu’une parole,
plus lointain qu’un mot, écoute,
sable entre les pierres dressées
au cœur du silence, l’œil

tendu, ouvert, fermé,
sable entre les pierres closes,
dressées, fin ou commencement,
lent commencement, patience

prenant dans la main, entre les doigts,
ce sable, branches et ailes fluides,
domaine aérien et terrestre,écoute
soutenue sur la ligne de faîte

noir, blanc un peu rose,
rose pâle, grisâtre, aile et
sable, sable, pierre, eau
emportant l’œil vers le bas

une figure simple, étoile,
arc ou cercle, effacée, saisie,
effacée, spirale au fond de l’œil,
tombant avec l’eau, flux lent,
spirale, arc, cercle ou étoile

sable, pierres dressées, humides,
dans la faible clarté, plus vive
en avançant, gestes plus lents,
lent commencement,

ciel ouvert, claquement d’ailes,
sable, pas après pas, découverte,
avancée sur la ligne de faîte,
montant, descendant, sans autres
repères que l’eau, le sable, les pierres

l’oiseau venu de loin
comme d’un pays plus intérieur
formes évanouies, lac, ciel,
lieu évident et enfoui

fin du chemin, commencement,
au seuil de ces pierres, l’eau
frappant autrefois ces murs effondrés,
long fracas dont il reste des vestiges
dans la chute de l’eau du ruisseau

c’était un moulin dit la voix,
sable, œil, l’écho proche
guide dans les galeries du jour,
non pas lac mais cercle

cercle d’eau, roue tournant
au rythme endiablé d’une seule
saison, ivresse blanche du ruisseau,
eau frappant la pierre, éclats
d’une parole vive, je

tombe dans ce mouvement
circulaire, emportant ruines et
pierres effondrées, plongeon,
méandres de la rivière plus loin

sable serpentant avec l’eau,
cercle emporté avec le ruisseau,
sinuant dans ses courbes, œil
rapide et vivant, branches fluides
des arbres plus haut, tendues.

Laurent Margantin