|
LE
SENS DE LA TERRE
Georges Amar |
|
|
Ce nest quassez récemment que jai commencé à trouver une signification à la géographie, à entendre le géo sous la graphie. La Terre - comme si cétait la première fois que jentendais ce mot-là! Curieusement, cest à Paris, et à un âge relativement avancé, que jai vu vraiment la terre pour la première fois. Je caricature un tout petit peu. Cétait une époque où javais lhabitude de longues promenades sur les quais de la Seine, entrecoupées de haltes contemplatives sur ses ponts. Ce nétait nullement une rêverie. Jétudiais. Je nétudiais pas la Seine, mais auprès delle, moi disciple, elle maître. Elle me parlait damont, daval et de saisons. Elle me montrait locéan et me donnait des nouvelles dOrient. Dans sa robe ensoleillée, elle était lamante cosmique qui jouissait à pleins bords des pluies du printemps. Il y avait tant de ciel sur son corps. Elle visitait tant de pays et était là tout entière pour mes yeux. Visible, offerte. Je regardais son mouvement souverain qui menseignait la terre. Ce fut une belle saison détude amoureuse, dinitiation. Car la terre, sauf à ny voir quune vaste exploitation agricole ou un parc de loisir, est comme un «mystère» auquel il faut être initié. Nest-elle pas au cur des déséquilibres de la «modernité», la perte du sentiment de la terre, de cette attitude faite de désir et de respect, de crainte, de curiosité et damour, qui sexhale, par exemple, des moindres paroles ou textes des Indiens dAmérique? Nous autres, hommes modernes, il semble que nous soyons exilés hors de la terre, et la plupart du temps nous nen avons même pas la nostalgie! Quel sombre dieu nous a maudit, que nous soyons à ce point devenus géamnésiques, géagnostiques, agélistes! Je pense parfois au violent serment du psaume 137: «Si je toublie Jérusalem, que ma main droite moublie»... Sont-ce les vicissitudes de l«Histoire» qui nous ont contraint à oublier que la terre promise, cest la Terre elle-même? Si je toublie, ma Terre, ne serait-ce pas mon corps tout entier qui moubliera? Ne sommes-nous pas déjà sur cette voie? Navons-nous pas déjà commencé à perdre pied, à perdre corps, et avec le corps la multidimensionnalité de lexistence? Il est positif de se rendre compte que nous avons, en partie au moins, perdu un «sens» - non pas un sixième sens, mais le tout premier: le sens de la terre. Telle que je la comprends, la géopoétique vise au développement, à la régénération, à la jouissance de ce sens premier. Il faut cependant se garder dinterprétations trop naïves. Si le sens de la terre est un sens premier, cest à condition de retrouver une signification riche et complexe de la notion même de sens. Comment concevoir notre relation à la terre, notre manière de la connaître, de la sentir, de la vivre? Notons la grande diversité des attitudes relatives à la terre que révèlent les termes de: géométrie, géographie, géologie, géomancie, géophysique, géopolitique, et il doit y en avoir quelques autres. Et pourtant toutes ces métries, graphies, logies, ne nous donnent guère le sens de la terre dont nous avons besoin. Elles auraient plutôt tendance à le masquer. Derrière les savoirs et les pouvoirs qui sélaborent «sur» elle, la terre semble devenir de plus en plus inconnue, absente. La science a-t-elle quelque chose de substantiel à dire de la terre, en dehors des réductions quelle en fait sous forme de tel ou tel modèle: économie-monde, système climatique et géologique, «environnement», etc. Mais y a-t-il dans ces concepts une présence réelle, un «frisson de réalité»? Une véritable «science de la terre» est-elle possible, qui nous la fasse voir, connaître, aimer, respecter, craindre et désirer, qui ne dissocie pas, dune part un savoir chiffré, abstrait, formel, et de lautre de mièvres plaisirs champêtres? Une science qui nous relie à la terre, plus proche en cela dune sorte de religion que de limage traditionnelle de la science (noublions pas que la science «classique», dans son procès objectivant et séparateur, a une bonne part de responsabilité dans notre oubli de la terre). Alors, géopoétique est peut-être un bon terme, si par poésie lon entend une attitude à légard du monde qui, loin de tout sentimentalisme égoïque comme de tout formalisme littéraire, conjoint indissolublement connaissance et amour, savoir et saveur, logos et eros. Un sens logicoérotique de la terre! LÉrotique de la terre trouve peut-être sa forme la plus emblématique dans le voyage. Oh il y a bien des formes - et des vitesses - de voyages, et lhabitation ou résidence, forme lente par excellence, nest pas la moins intense. Voyager nest pas visiter mais habiter la terre. Habiter, non pas seulement «quelque part», mais habiter la terre elle-même, devenir-Terre. Être montagne, être fleuve, apprendre de ses brouillards, de ses éclairs, se sentir chemin, vague, sable et herbes, oiseau des airs, être homme des bois, loup de mer, brigand des montagnes, et même nomade des villes. Homme-de-la-Terre. Ils lont aimée, les cartographes explorateurs et les navigateurs, les chasseurs et cueilleurs des forêts, tous les hommes de grand chemin et de petit matin, artisans en quête de matière première, bergers suivant lherbe, et commerçants sur les traces des épices nouvelles. Ils ont goûté leau des rivières, connu aubes et climats, éprouvé le corps de la terre, contre le leur, dans le leur propre. Ils ont donné des noms aux animaux, aux îles, aux étoiles. Ils ont observé et décrit, parfois tué et détruit, ont violemment aimé la terre, car ils étaient elle. Mais ils lont aussi domestiquée, quadrillée, répertoriée, planifiée, astreinte à leur soif de pouvoir et de régularité. Il arrive bien que lon emprisonne qui lon aime, que lon fasse du désir un loisir ou une marchandise standardisée ... Nous devons en permanence renouveler, réactualiser notre expérience de la terre, et cela ne peut se faire quen relation avec une «épistémologie», un langage et une pensée de la terre. Dieu a failli tuer la terre en nous, et la science la presque fait, avant que la techno-économie vienne achever luvre. Peut-être que ce qui a le plus manqué, et manque encore à notre civilisation, cest une pensée de la terre, suffisamment forte et belle, poétique, pour étayer, prolonger et guider lexpérience, pour ne pas oublier lexotisme de la découverte, si vite converti, résorbé, dans les systèmes du savoir et du pouvoir. Jen viens à ce qui constitue le motif de la présente contribution. Une pensée de la terre, comme partie intégrante dune géopoétique, a besoin dun socle conceptuel adéquat. Certes, on peut aussi considérer quil faudrait plutôt se libérer de la «pensée conceptuelle», et privilégier plutôt une approche «sensible» qui mette au premier plan le contact physique et laffect. Mais les concepts structurent notre «sensibilité», et dautant plus dailleurs quils le font à notre insu. Cest la question du langage, et de la manière dont toute langue prédétermine en partie notre être-au-monde, favorisant certaines catégories dexpériences et en quasi interdisant dautres. Une expérience de la réalité qui ne trouve pas un langage adéquat, et même rigoureux, est, quel que soit son degré dintensité, rapidement menacée d«oubli» et de dénaturation. Notre oubli de la terre nest-il pas dû à la dématérialisation, à la désincarnation de notre langage, à son abstractisation? Nos mots parlent plus de nos «problèmes» (psycho-socio-politico-épistemologiques) que du grain et de lodeur des choses. Pourtant on aurait tort de ne voir là quun conflit entre labstrait et le concret, du moins si on le comprend comme opposition entre lintellect et la matière, ou entre lesprit et le corps. La langue est à la fois matérielle et mentale, sans antagonisme (une langue a peut-être une puissance spirituelle dautant plus haute que sa richesse matérielle est grande). Ce dont nous avons besoin, cest dun intellect concret. Aller au-delà du concept, cest alors (re)définir lidée, lidée «adéquate», comme une forme intellectuelle concrète. Précisons cela à partir de la question suivante La géopoétique relève-t-elle bien du concept despace? A première vue oui. Cependant, ce que le «langage de lespace» exprime le plus «naturellement», cest: la forme et la dimension - ce qui a «longueur, largeur et profondeur» comme disait Descartes (et aussi les «dispositions» mais cest une des parties les plus difficiles et les plus récentes des mathématiques: la topologie, Analysis Situs comme disait Leibniz). Et ce que ce langage a tendance à évacuer, tout aussi naturellement: le grain de la matière, et la complexité du devenir. Ou plus exactement, il résorbe le premier dans une matière amorphe et homogène, où le grain et toute qualité sensible nest plus quun «accident» inessentiel, et de la seconde il fait le «Temps», forme vide et impériale, égrenée par la loi de lHorloge et de lHistoire Universelle, qui simpose uniformément aux éphémères «phénomènes». Cela nous donne la Géométrie, reine mère de la science grecque, et sa fille aînée européenne, la Mécanique Rationnelle. Toute notre pensée est dominée par ce triumvirat, dautant plus despotique quil est invisible-évident: Espace Matière Temps. Les trois grands Homogènes Disjoints. Les trois Abstraits, dont le pouvoir sur nos pensées, nos actes, nos sensations, est terriblement concret. Cest deux que nous tirons le pouvoir de mettre en coupe réglée notre planète. Il est dailleurs significatif que presque tous les progrès de la pensée scientifique depuis laube du XXe siècle ont consisté à secouer le triple joug: celui de lespace euclidien vide et uniforme (Einstein et lespace-temps «courbe» de la relativité); celui de la matière-objet, soumise et monotone (Bohr et la mécanique quantique); celui du temps abstrait et linéaire (Atlan, Prigogine, lauto-organisation biologique et la thermodynamique du non-équilibre). Par ailleurs, il nest pas douteux que «par-dessous» le mouvement de la culture dominante, nont cessé de survivre des pratiques (artistiques, artisanales, érotiques, religieuses, thérapeutiques, etc., exceptionnelles ou «ordinaires»), résistant tant bien que mal au pouvoir des Trois Homogènes Orthodoxes (et à leur orthogonalité). Toutes les médecines et autres pratiques «parallèles» que lon voit se développer depuis quinze ou vingt ans en sont une expression vivante, bien que parfois «naïve», sinon désespérée. Pas mal de choses, de voies, ont été explorées. Selon moi, nous avons principalement besoin, aujourdhui, dune «révolution intellectuelle» (une intellectus emendatio). Je voudrais en proposer un point dappui possible. Révolution, car il sagit peut-être dun retour, et dun retour, dabord, au moment de notre histoire culturelle où le divorce entre lesprit et le corps a trouvé sa formulation «moderne», chez Descartes. En effet, la trichotomie Espace-Temps-Matière suppose déjà le clivage Corps-Esprit (et leur antagonisme). Cest parce que le corps était privé, au profit de lesprit, de toute puissance créatrice, de toute vie ou dynamisme propres, quil pouvait être «analysé», décomposé, comme matière inerte, située, formée et mue dans un espace vide déjà là; et soumise à lécoulement dun temps linéaire extérieur. Descartes, dans le même temps, dissocie lesprit du corps, en dévalorisant ce dernier, et ébauche la forme de lespace abstrait (que Kant achèvera en définissant lEspace, ainsi que le Temps, comme «formes a priori de notre sensibilité»). Or, presquà la même époque, se produit un mouvement exactement inverse. Descartes avait repris la vieille notion scholastique dÉtendue, pour la convertir dans la forme-espace. Spinoza la reprend quant à lui dans une perspective inverse, en donnant à létendue une «dignité» strictement égale à celle de la «Pensée». Alors quÉtendue et Pensée (ou: corps et esprit) étaient conçues par Descartes (et ses prédécesseurs) sous une forme de «complémentarité antagonique» (lorsque lun agit lautre pâtit), Spinoza pose au contraire une parfaite similitude ou «parallélisme»: lesprit est dautant plus capable dintelligence que le corps lest de mouvements ou daffections. La «puissance du corps» ne le cède en rien à celle de lesprit, elle lui est en fait égale en degré quoique différente en «aspect», ou expression. Létendue spinoziste devient un concept, ou plutôt une «idée», extrêmement précieuse car elle désigne et exprime la corporalité en tant que celle-ci possède sa propre puissance. Quelques mots sont peut-être utiles pour rafraîchir ces notions: létendue est la «substance» dont sont faits les corps (tous les corps, toutes les choses «physiques»), de même que la pensée est la «substance» dont sont faites les «idées» (toutes les choses «mentales»). Ceci est la matière dont les Anciens se représentaient la réalité, depuis Aristote. La doctrine de Spinoza, à partir de là, repose sur les deux principes suivants: 1) Unité de substance: létendue et la pensée ne sont pas des réalités séparées, elles sont deux «attributs» différents dune seule et même substance - qui est Dieu (Dieu est donc autant corporel que spirituel). 2) Parallélisme des attributs: létendue et la pensée constituent des «expressions» de la substance, à la fois parfaitement indépendantes lune de lautre (pas dinfluence directe de lesprit sur le corps et réciproquement) et parfaitement corrélées: tout ce qui arrive dans lesprit arrive pareillement dans le corps, tout simplement parce que cest la même substance qui sexprime à travers eux deux, comme en deux «langues» différentes. Il peut paraître un peu bizarre, voire «snob», de revenir à de telles vieilleries philosophiques, mais je crois que létendue spinoziste, historiquement occultée par le triomphe du cartésianisme (et du kantisme), constitue un socle conceptuel possible pour une géopoétique (qui serait aussi dailleurs, une géoéthique) - du moins au sein de la tradition occidentale. (Il est probable que le «vide» bouddhique ou le «ma» japonais, par exemple, constituent également de solides piliers). En effet, létendue ainsi comprise, du fait quelle nest pas privée (au profit de lesprit) de son dynamisme interne et de son principe dunité variété, contient en elle-même la spatialité, la matérialité et la temporalité, et résiste à leur éclatement en un Espace, un Temps, et une Matière, homogènes et disjoints. En vérité, létendue doit être comprise moins comme un «concept» (cest-à-dire comme un instrument au moyen duquel notre esprit voit la réalité) que comme une forme concrète de la relation de notre corps au monde. Cest par mon corps, qui est lui-même une «chose étendue», que je perçois létendue du monde et des choses, cest dans et par mon corps que je vis et que je «connais» lespace, la matière et le temps. Létendue, cest ce quil y a de commun entre moi et la terre, entre mon corps et celui de la terre, cest mon être-terre. Cest donc beaucoup moins un concept que, si lon veut, un «sens». Le «sens de létendue» serait alors le sens premier, celui dans lequel senracinent nos autres sens -la vue, laudition, lolfaction, le toucher, le chaud et le froid, le sens de lespace et du mouvement, le sens du rythme et du temps. Privés du sens de létendue, nos divers sens ne sont plus alors que «systèmes dinformation», et notre corps tout entier une espèce de «capteur» au service du cerveau, de lesprit, qui compute toutes ces informations pour commander et réguler la machine à laquelle nous serions réduits. Mais les sensations ne sont pas des informations «objectives» ou factuelles sur l«environnement», elles sont notre mode dêtre au monde, notre manière de participer du monde, de la terre, et de laimer/connaître. Ce détour philosophique est-il inutilement compliqué? On ne progressera pas dans la voie dun véritable sens de la terre sans mobiliser (ou «réformer») lintellect, car si ce dernier est en partie responsable de notre rupture davec le monde, il doit bien être capable du chemin inverse. Sans doute est-il en principe possible de se passer de concepts ou didées tels que létendue; sans doute les «peaux-rouges» sen passaient-ils pour vivre la terre avec une intensité, une «vérité» et un amour dont nous sommes très loin; sans doute les premiers navigateurs grecs, vikings ou celtes, ont-ils connu létendue de la mer, le «rire des eaux», avec un émerveillement, un désir et une sainte terreur dont nous navons presque plus idée; sans doute les chasseurs et cueilleurs primitifs ont-ils vécu la religion de la forêt avec une intense ferveur, et les antiques potiers ont-ils touché largile, les forgerons la pierre et le feu, etc., sans avoir attendu telle ou telle philosophie! Mais ne faisons pas à nos «ancêtres» linjure de croire quils manquaient didées - peut-être même étaient-elles plus riches et plus complexes que les nôtres. Je crois que nous pouvons, aujourdhui, tirer un grand profit de la notion détendue, ne serait-ce quà titre critique à légard de ces chapes de plomb que sont lEspace homogène, la Matière amorphe et le Temps vide. LÉtendue (comme la Pensée) est demblée une «catégorie poétique» - complexe au sens où elle soppose à tout réductionnisme unidimensionnel, mais simple parce quau fond elle ne peut être vécue, comprise, que dans lunité dun acte réel, un «acte de réalité» qui accorde notre être à la substance du monde. Lexpérience de la terre a une infinie diversité de formes. Lune des plus belles, des plus intenses, est la danse, mais je pense surtout à la danse indienne, et à sa forme dite «classique», le Baratha Natyam. Par delà ou en deçà de toute expression de sentiments ou états desprit, de toute narration ou enseignement, cette danse exprime, et avec quelle puissance, la suavité de lespace, la voluptueuse variété des mouvements du corps, la jouissance savante du rythme. La danseuse, la devadasi est comme la plus belle fleur de la terre dans son épanouissement infini, ses pieds puissants et précis éprouvent la généreuse fermeté du sol tandis que ses vives mains font lamour avec la lumière du ciel, son corps senroule et sétire, vire et se tend, berce, scande, sarrête, jaillit en lui-même, exprimant tour à tour les puissances animales, linfinie variété des corps animés de la terre. Musicalité du temps, floraison de lespace, enjouement de la matière. Saveur de létendue, savoir de la terre. La connaissance de létendue - cest-à-dire de la nature réelle du corps, le nôtre comme celui de la terre, nest pas une «science» au sens classique du terme. Spinoza indiquait la voie dune «science intuitive», et dun «amour intellectuel». Il ne sagit nullement dun sentiment mystique ou extatique de «fusion» avec une mystérieuse puissance divine transcendant le monde. Cest au contraire la connaissance participante de ce que chaque être a de singulier, et elle est simultanément une connaissance de soi. Si nous voulons connaître la terre, peut-être avons-nous besoin découter non seulement les géologues, mais aussi les danseurs et les ébénistes, les masseurs et les souffleurs de verre, les alpinistes, les randonneurs, les potiers - tous ceux qui à travers leur activité jouissent encore du sens de létendue sans le réduire à une fonctionnalité économique, scientifique, artistique ou sportive, trop limitée. Mention spéciale doit être faite de la peinture, car elle est la méthode par excellence pour explorer les pouvoirs de létendue et pour exprimer lamour du corps. On ne peint pas des âmes, mais des corps, disait Matisse, et cest ainsi que les corps sont «animés». Et contrairement aux apparences, la peinture a autant affaire au temps quà lespace et à la matière, temps de la formation, de la déformation, de la variation, inhérent à la «logique de la sensation» colorante (de même que la musique a autant affaire à lespace et aux «matières», quau temps). Enfin, la poésie. En elle, lorsquelle nest pas restreinte, au «trop humain», au pseudo-divin ou au formalisme littéraire, viennent parler toutes les puissances de la terre. Car le poème est toujours: ce langage exemplaire fluide comme la vague souple comme le rameau unique Sommes-nous loin de la géographie? Je ne croirais quà un géomètre qui sache danser... Georges AMAR * Kenneth WHITE, le Grand rivage (extrait).
|