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LES
PEREGRINATIONS GEOPOETIQUES DE HUMBOLDT
2e partie Kenneth WHITE |
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Humboldt est géographe, mais son uvre déborde du cadre dune certaine conception française de la géographie. En matière de géographie, la France sétait beaucoup distinguée au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. Je pense notamment à la fondation, sous le règne de Louis XIV, en 1666, de lAcadémie des sciences, qui avait pour mission de préciser la mesure de la terre et de fixer la forme de la terre. Y brilla Picard, qui fonda lObservatoire de Paris. On peut penser aussi aux cartes de la Chine dressées par les missionnaires jésuites, aux observations faites à Cayenne (1671-1673) par lastronome Richer, qui constate le premier que la terre nest pas une sphère, mais un sphéroïde aplati aux deux pôles. On peut égrener dautres grands noms de la géographie française: La Condamine, Maupertuis, Nicolas Sanson, Guillaume Delisle, dAnville... Mais dès quon arrive à Sébastien de Beaulieu, premier ingénieur du roi, maréchal de camp, le slogan «la géographie sert à faire la guerre» vient à lesprit - cest dans ce contexte quil trouve son application. La géographie sert à faire la guerre (les opérations militaires ont besoin de cartes) et à faire la chasse (je pense ici à «la carte des chasses du Roi» faite par Berthier entre 1764 et 1773).Certes, au XVIlle siècle, la géographie française maintient sa réputation, avec des monographies cartographiques comme celle des Pyrénées par Roussel, celle des Alpes par Raymond, celle des côtes maritimes de France par Lerouge, et avec toute la série des «Neptune»: le Neptune français de Sauveur, le Neptune oriental de Mannevillette, le Neptune américano-septentrional de Bonne, le Neptune du Cattégat et de la Baltique de Brache, qui date de 1809. Mais le XIXe siècle, géographiquement, nest plus français. Le dernier monument est sans doute le Précis de la géographie universelle de Maltebrun (1810). A partir de cette date, les grandes études géographiques disparaissent en France, et même les études tout court: il subsiste une seule chaire de géographie, à la Sorbonne, qui se cantonne dans létude de la géographie antique (Homère, Hérodote...). Certes, il existe la Société de géographie, mais elle a peu de membres. Cest lAllemagne qui prend la relève, avec lénorme masse des travaux de Karl Ritter, à commencer par Erdkunde (Connaissance de la terre) de 1817: «La géographie dans ses rapports avec la nature et lhistoire de lhomme ou géographie universelle comparée, considérée comme base de lenseignement des sciences physiques et historiques.» Ritter meurt au moment de la sortie de son dix-septième volume (sur lAsie), laissant des mémoires «destinés à servir de base à une manière plus scientifique détudier la géographie». Avec Ritter, nous passons de la géopolitique à la géognose et à la géographie humaine. Si féru quil soit de culture française, Humboldt appartient plutôt à cette lignée-là. Mais il a ses propres caractéristiques, ses propres élans, qui font quil est encore autre chose. Parlons dabord de sa méthode. Voici ce quil écrit au début de son voyage: «Frappés dun grand nombre dobjets à la fois, nous éprouvâmes quelque embarras à nous assujettir à une marche régulière détudes et dobservations.» La multiplicité du réel et lexcitation de lesprit rendent difficile ladaptation à une discipline routinière. Cela dit, tout au long de son itinéraire, Humboldt accumule les mesures et les calculs (ce nest que rarement, par exemple la première fois quil voit locéan Pacifique, quil oublie son baromètre). Mais il nen oublie pas le sens de louverture et la sensation du démesuré. Il veut éviter les «rêves systématiques» et les «théories abstraites». Empiriste, il ne se contente pas dune simple accumulation de faits; théoricien, il se méfie des idées trop vite faites. «Je me suis proposé, écrit-il, [... ] de tenir un juste milieu entre deux routes suivies par les savants... Les uns, se livrant à des hypothèses brillantes mais fondées sur des bases peu solides, ont tiré des résultats généraux dun petit nombre de faits isolés... Dautres savants ont accumulé des matériaux sans sélever à aucune idée générale, méthode stérile dans lhistoire des peuples comme dans les différentes branches des sciences physiques.» Méthodologiquement, il se tient sur le «juste milieu» entre deux routes. Mais ce «milieu» demande quelque chose dencore plus complexe. Ailleurs, il dira que le travail consiste à «recueillir, observer, vérifier et combiner». Ailleurs encore, quil sagit de «saisir les éléments divers dun vaste paysage». Je dirais volontiers que Humboldt sait pratiquer lextravagance sans se perdre, et quil sait pratiquer la rigueur sans se figer. Parlons maintenant du terrain. Le terrain de Humboldt, cest lAmérique, dont il dit: «Si lAmérique noccupe pas une place distinguée dans lhistoire du genre humain et des anciennes révolutions qui lont agité, elle offre un champ dautant plus vaste aux travaux du physicien. Nulle part ailleurs la Nature ne lappelle plus vivement à sélever à des idées générales sur la cause des phénomènes et sur leur enchaînement mutuel.» Dans ce champ américain, du moins à ce moment-là, la politique, préoccupée de priorités et dutilité immédiate, était moins présente, et les disciplines étaient moins étanches les unes aux autres: une liberté de mouvement salliait à la nécessité dêtre multidisciplinaire. Humboldt est américaniste, au grand sens, si je puis dire, du mot. Il ressemble à ce Samuel Hearne, dabord aspirant dans la marine royale britannique, ensuite agent de la Compagnie de la Baie dHudson, qui allait suivre la rivière de la Mine-de-Cuivre jusquà la mer Glaciale (La Pérouse, sétant emparé des établissements britanniques pendant la guerre dAmérique, avait trouvé son manuscrit - et le lui rendit, à la condition quil le publie, ce qui fut fait en 1795). On peut évoquer aussi dans ce contexte le personnage dAlexander Mackenzie, agent de la North-West Fur Company, qui va dabord vers la mer Glaciale, ensuite vers le Pacifique. On peut penser à Lewis et Clark qui remontent le Missouri et traversent les Rocheuses. A Zebulon Pike, qui explore les sources du Mississippi, le bassin de lArkansas, le Nouveau Mexique et le Texas. Au Major Long, à Nicollet, à Duflot de Mofras, à Fremont... Humboldt fut au courant de tous ces travaux dans le Nord. Et il était au courant aussi de ce qui sétait passé dans le Sud, depuis les descriptions de la Patagonie du père Falkner jusquaux voyages de Lima au Paraguay de Weddell, en passant par les expéditions de Don Felix de Azara au Rio de la Plata, celle du Dr Martins au Brésil, celle de Walter Bates en Amazonie, celle de Fizroy au détroit de Magellan, celle de Basil Hall au Chili, celle de Pentland en Bolivie, celle dAlcide dOrbigny dans les Andes, celle de Schomburgck dans le bassin de lOrénoque... Il a tout lespace américain, toutes les recherches américanistes en tête. Et il suit lui-même ses pistes américaines non seulement dans un esprit dinvestigation, non seulement avec curiosité, mais avec plaisir: «Le plaisir que lon éprouve, écrit-il, nest pas dû seulement à lintérêt que prend le naturaliste aux objets de son étude, il tient à un sentiment commun à tous les hommes qui sont élevés dans les habitudes de la civilisation. On se voit en contact avec un monde nouveau, avec une nature sauvage et indomptée. Tantôt cest le jaguar, belle panthère de lAmérique, qui paraît sur le rivage; tantôt cest le hocco à plumes noires et à tête huppée, qui se promène lentement le long des sauso. Les animaux de classes les plus différentes se succèdent les uns aux autres. Es como en el Paraiso, disait notre pilote, vieil Indien des missions.» Humboldt partage cette sensation paradisiaque, tout en ne versant pas dans une mythologie facile, que ce soit celle de lAge dOr ou celle du Bon Sauvage. Les choses sont compliquées, et non sans contradictions. Au cours de ses pérégrinations dans les terres sauvages, il arrive à Humboldt dimaginer des entrepôts, des centres de civilisation. Mais dès la fin de son voyage, donc dès le tout début du XIXe siècle, il constate la disparition de palmiers et de bambous autour de La Havane et remarque avec amertume que «la civilisation avance». Là aussi, il y aurait une méthode, une route du «milieu» à trouver. Mais si Humboldt est américaniste, sil nage dans tout ce courant américain, il est un moment de lhistoire américaine et américaniste quil affectionne tout particulièrement, cest le moment de la première découverte et de ses suites, immédiates, ce que jaimerais appeler le moment colombien. «A aucune autre époque depuis la fondation des sociétés, écrit-il, le cercle des idées, en ce qui touche le monde extérieur et les rapports de lespace, navait été si soudainement élargi et dune manière si merveilleuse.» Ce «cercle didées» comprenait, entre autres, la composition de latmosphère et ses rapports avec lorganisation humaine, la distribution des climats au penchant des cordillères, les lois du magnétisme, la liaison des volcans entre eux, le soulèvement successif des chaînes de montagne, la direction des courants pélagiques... Mais, et il insiste là-dessus, il ny avait pas que «de la science», il y avait comme un sens nouveau, il y avait un charme. Le «nouveau travail des esprits» allait sélargissant, de cercle concentrique en cercle concentrique. Il revient sur cet élargissement du cercle, du savoir à une espèce dhorizon du savoir, une sorte daura du savoir, dans le passage suivant: «Aux époques héroïques de, leur histoire, les Portugais et les Castillans ne furent pas seulement guidés par la soif de lor, comme on la supposé, faute de comprendre lesprit de ces temps. Tout le monde se sentait entraîné vers les hasards des expéditions lointaines. Les noms dHaïti, de Cubagua, de Darien avaient séduit les imaginations au commencement du XVIe siècle, comme, depuis les voyages dAnton et de Cook, les noms de Tinian et dOtahiti... Plus tard, quand les murs sadoucirent et que toutes les parties du monde souvrirent à la fois, cette curiosité inquiète fut entretenue par dautres causes et prit une direction nouvelle. Les esprits senflammèrent dun amour passionné pour la nature... Les vues sélevèrent en même temps que sagrandissait le cercle de lobservation scientifique. La tendance sentimentale et poétique, qui se trouvait déjà au fond des curs, prit une forme plus arrêtée avec la fin du XVIe siècle, et donna naissance à des uvres littéraires inconnues des temps antérieurs.» Mais tout ce que je viens dévoquer se concentre aux yeux de Humboldt dans la figure même de Christophe Colomb. Même dépourvu de savoir scientifique précis, mais par son simple sens de lobservation, Colomb avait lui-même contribué aux avancées scientifiques, notamment en ce qui concerne le magnétisme terrestre, la flexion des bandes isothermes et la botanique, par exemple dans cette lettre écrite dHaïti en octobre 1498, citée par Humboldt: «Chaque fois que, quittant les côtes dEspagne, je me dirige vers lInde, je sens, dès que jai fait cent milles marins à louest des Açores, un changement extraordinaire dans le mouvement des corps célestes, dans la température de lair et dans létat de la mer. En observant ces changements avec une attention scrupuleuse, jai reconnu que laiguille aimantée, dont la déclinaison avait lieu jusque-là dans la direction du nord-est, passait au nord-ouest; et après avoir franchi cette ligne, comme on gravit le dos dune colline, jai trouvé la mer couverte dune telle quantité dherbes marines, semblables à de petites branches de pins et portant pour fruits des pistaches, que les vaisseaux semblaient devoir manquer deau et échouer sur un bas-fond. Avant la limite dont je viens de parler, nous navions trouvé aucune trace de ces herbes marines. Je remarquai aussi en arrivant à cette ligne de démarcation, placée, je le répète, à cent milles vers louest des Açores, que la mer sapaise subitement, et que presque aucun vent ne lagite plus. Lorsque nous descendîmes des îles Canaries jusquau parallèle de Sierra Leone, il nous fallut souffrir une chaleur horrible; mais dès que nous eûmes franchi la limite que jai indiquée, le climat changea, lair sadoucit et la fraîcheur augmenta à mesure que nous avancions vers louest.» Mais ce nest pas encore cela qui intéresse le plus Humboldt chez Colomb. Cest, dans les lettres et le journal maritime, le «profond sentiment de la nature» qui animait le grand voyageur, ainsi que «la noblesse et la simplicité dexpression» avec lesquelles il décrivit «la vie de la terre, et le ciel, inconnu jusque-là, qui se découvrait à ses regards (viage nuevo al nuevo ciel i mundo que fasta entonces estaba en oculto)».Humboldt revient sur cet aspect plus «sensible», plus «poétique» dans le passage suivant: «Nous apprenons ici, par le journal dun homme dépourvu de toute culture littéraire, quelle puissance peuvent exercer sur une âme sensible les beautés caractéristiques de la nature. Lémotion ennoblit le langage. Les écrits de lamiral, surtout lorsque, âgé déjà de soixante-sept ans, il accomplit son quatrième voyage et raconte sa vision merveilleuse sur la côte de Veragua, sont, sinon plus châtiés, du moins plus entraînants que le roman pastoral de Boccace, les deux Arcadies de Sannasar et de Sidney, le Salicio y Nemoroso de Garcilasso ou la Diana de Jorge de Montemayor.» Nous avons là les prémices dune littérature géopoétique. Quand Humboldt revient de son voyage américain, cest une poétique de cette sorte quil a en tête, et pour lui, cest à lélaboration et à la propagation de cette poétique que devraient sappliquer les esprits. Il sagit de laccomplissement dune de ces «grandes pensées dont la source est dans les profondeurs de lâme». Après le voyage physique, donc, avec ses résultats, le voyage mental, avec son réseau. Toute uvre denvergure demande des ressources illimitées et quelque chose comme une éternité. Humboldt avait dépensé la moitié de sa fortune pour son voyage, il allait en dépenser lautre moitié dans la publication des «actes» de ce voyage. On sent quil envie, un peu, le grand botaniste colombien, Don José Celestino Mutis, qui avait été lami de Linné, et à qui le roi versait pour ses travaux dix mille piastres par an - dautant plus quau moment où Humboldt le rencontra, Mutis avait depuis quinze ans une trentaine de peintres à sa disposition. Mais Humboldt est beaucoup plus quun grand botaniste, et sa recherche profonde était moins visible, moins perceptible, moins concevable - certains auraient pu dire même «non scientifique». Certes, il a fait de grandes contributions à la botanique: de son voyage il avait rapporté cinquante-huit mille espèces de plantes, dont trois mille six cents inconnues. Avec ses mesures astronomiques et trigonométriques, il avait fait une grande contribution à la géodésie, comme à bien dautres branches de la science. Avec sa géographie des plantes (à plusieurs points de son voyage, il dresse le tableau des étages de végétation), il est à lorigine de ce quon appelle la géographie tridimensionnelle. Et il nallait jamais cesser de sintéresser à tous les aspects de la recherche scientifique, «soit quil sagisse (je le cite) de lélectromagnétisme, de la polarisation de la lumière, des effets produits par les substances diathermanes, ou des phénomènes physiologiques que présentent les organismes vivants - vaste ensemble de merveilles qui se déroulent à nos regards comme un monde nouveau dont nous touchons à peine le seuil!» Mais cest encore autre chose qui lattire, qui linspire. En jouant un peu sur les mots, on pourrait dire quil sintéresse à une géographie quadridimensionnelle. Disons quil veut ajouter une dimension de plus à la géographie, à la science, à la connaissance. Et cette dimension est plus quune dimension «humaniste», comme dans la géographie dite humaine. Au cours de son voyage, Humboldt sétait rendu compte dune dimension de lexistence où une conscience humaine est certes présente, mais où limage de lhomme dont nous avons philosophiquement et psychologiquement lhabitude na plus de raison dêtre: «Dans cet intérieur des terres du nouveau continent, on saccoutume presque à regarder lhomme comme nétant point essentiel à lordre de la nature.» Un dépouillement de lhomme, un être moins imposé et imposant, serait à lordre du jour... Il nest certes pas aisé de trouver un concept global adéquat. Dune manière générale, notre vocabulaire conceptuel laisse beaucoup à désirer. Si lethnographie se veut uniquement collectrice et descriptive, lethnologie se permet, à partir de matériaux ethnographiques, délaborer des théories. Par analogie, si la géographie est la description de la terre, la géologie devrait signifier «théorie de la terre», mais il nen est rien - nous avons affaire seulement à un aspect spécial et spécialiste de la géographie. Humboldt, comme on la constaté, utilise assez souvent le terme de «géognose», mais là aussi, le sens est très spécifique -il sagit de la configuration de la terre, non pas de la configuration dun nouvel esprit général des choses. Au cours de son voyage, Humboldt avait été abordé par des gens munis de vagues et confuses notions dastronomie et de physique qui voulaient parler de «nouvelle philosophie» - il trouvait ça absurde, comme il aurait trouvé absurdes tant dautres «nouveautés». Pour des raisons que jai déjà évoquées, et pour dautres qui vont émerger de ce qui va suivre, je pense que le terme le plus adéquat est «géopoétique». Luvre de Humboldt constitue une approche, et une des plus intéressantes, de ce que lon peut appeler «géopoétique» aujourdhui. Dans deux textes, il en fait même très précisément la généalogie. Le premier sintitule Histoire de la contemplation physique de lunivers, le deuxième Descriptions poétiques de la nature. Au premier abord, lHistoire de la contemplation physique de lunivers pourrait ne sembler quune histoire abrégée de la science, des sciences. Mais les sciences séparées ne peuvent fournir que des matériaux pour le fondement de ce que Humboldt appelle «la science du cosmos», ou encore «le développement de lidée de cosmos», ou bien encore, en citant Otfried Müller, lélaboration de l«idée poétique de la terre». Pour le propos général, il cite son frère, Wilhelm von Humboldt: «Il peut paraître étrange de vouloir allier la poésie, qui se plait dans la variété, la forme et la couleur, aux idées les plus simples et les plus abstruses. Mais cela se justifie pleinement. La poésie, la science, la philosophie et lhistoire ne sont pas essentiellement séparées les unes des autres. Elles sont unies, ou bien quand une certaine étape du progrès humain situe lhomme dans un état unitaire, ou bien quand une inspiration authentiquement poétique projette lindividu dans un tel état.» Humboldt se lance alors dans son historique, en prenant le soin de préciser quil va aller vite, quil ne sagit pas de se perdre dans les détails, mais de voir des lignes de crête, de dessiner une configuration (certaines époques, certaines uvres peuvent navoir quune ligne intéressante, cest celle-là quil sagit de dégager, en la combinant avec dautres dégagées dautres contextes). Dans lHistoire de la contemplation physique de lunivers, Humboldt distingue, en Occident, sept époques, sept aires: 1º la Méditerranée; 2º la Macédoine sous Alexandre le Grand; 3º lEgypte des Ptolémée; 4º lEmpire romain; 5º lArabie; 6º les grandes découvertes océaniques; 7º les découvertes célestes. Grâce à lesprit «vivant et mobile» des Grecs, la Méditerranée avait connu «un élargissement rapide du cercle des idées». Mais il ny avait pas que les Grecs, il y avait les Phéniciens, avec leurs voyages et leur alphabet, les Etrusques, avec leur «penchant à cultiver des rapports intimes avec les phénomènes naturels». Salliaient donc une expansion vers le monde extérieur et une augmentation de la vision contemplative... Avec Alexandre, «le nouveau champ à considérer» prenait dautres proportions encore: de nouveaux matériaux exigeaient de nouvelles coordinations, une nouvelle compréhension intellectuelle - recherche empirique rencontrant haute spéculation, le tout essayant de trouver son langage. Si, en Egypte, lécole dAlexandrie tenait à senfermer dans la pure érudition, manquant d«esprit animé», il y eut pourtant Eratosthène, qui avait un «il intellectuel». A Rome aussi, pour ce qui est de la «formation de conceptions supérieures», il y a un manque, mais Strabon, celui qui, après avoir écrit quarante-trois livres dhistoire, se mit à son ouvrage géographique à lâge de quatre-vingt-trois ans, avait une bonne connaissance de lEmpire, depuis lArménie jusquà la côte tyrrhénienne, depuis la mer Noire jusquaux bords de lAfrique, et Pline (Plinius Secundus) sentait quil marchait sur des sentiers jamais foulés avant lui («non trita autoribus via»). Dommage quil se soit perdu dans des détails de spécialiste, au lieu de garder dans lesprit une «image unique» potentielle. Chez les Arabes, lintérêt de Humboldt se porte sur les tribus nomades, qui connaissent «le visage ouvert de la nature» et qui ont «une sensation plus fraîche des choses» quil ne fut possible dans les cités grecques et romaines. Chez les voyageurs et géographes arabes, il constate une sensation et une connaissance de lespace plus grandes encore que, chez Marco Polo ou les moines bouddhistes. Il évoque El-Istachri et son Livre des régions du monde, Ibn Sinâ (Avicenne), le botaniste Ibn Baithar et Ibn Ruschd (Averroes), qui surent suivre «les chemins solitaires du développement des idées». Il se penche ensuite sur les grandes cosmographies qui, en agrandissant la vision des choses, ont ouvert la voie aux découvertes océaniques: le Liber cosmophicus de natura locorum dAlbertus Magnus, le Fenix de las maravillas del Orbe de Raymond Lulle, lImago Mundi de Pierre dAilly, beaucoup lu par Colomb, sans oublier lOpus Maius de Roger Bacon. Défilent alors devant nos yeux Plan Carpin, Sir John Mandeville, Balduccio Pegolotti, Ruy Gonzalez de Clavijo, et Colomb lui-même, toujours lui, muni du livre de Pierre dAilly ainsi que de la carta de marear que lui avait envoyée Toscanelli de Florence, suivi de Magellan, de Balboa, de Cortez, de Léonard de Vinci, dont les idées les plus intéressantes sont restées longtemps dans ses manuscrits (e.g. le Codex Atlanticus), et Dante, qui avait vu des cartes célestes arabes et parlé avec des voyageurs en Orient, et qui savait allier érudition, errance intellectuelle et inspiration... Et on en arrive à la septième époque, celle de louverture de lespace astronomique grâce au télescope, où nous rencontrons les figures de Léonard Euler, de Copernic (De revolutionibus orbium caelestium), de Kepler, de Huygens, de Herschel et de Galilée. Humboldt insiste sur le fait que cette étude, écrite dune manière «fragmentaire et générale» ne vise ni à être parfaite ni à être complète. Cest très précisément une esquisse. Mais il aurait été prêt à reconnaître que même en tant quesquisse, elle peut laisser à désirer, dun point de vue qui ne soit ni celui de la perfection, ni celui de lexhaustivité. Par exemple, il narrive pas à se maintenir sur, la ligne de crête quil sétait proposée - il va parler de la polarisation de la lumière étudiée par Arago, alors que cela appartient à la «science spéciale», et non pas à la «science du cosmos». Et il a des problèmes de composition. En fait, comme on le verra, une des questions que se pose, de plus en plus, Humboldt, est celle dune poétique - non pas une poétique de la perfection, mais une poétique de la pérégrination: informée, intelligente, animée, réjouissante, éclairante et inspirante. Lessentiel, cest que, dans son étude fragmentaire sur la «contemplation physique de lunivers», se trouvent quelques-unes de ces pistes quil a voulu dessiner, ces pistes de la pensée qui, un jour, mèneront à une «image», cest-à-dire à une grande vision poétique du monde. Laccent est sur louverture, sur lavancée. «Les esprits faibles, écrit-il, sont toujours prêts, à toutes les époques, à déclarer avec complaisance que lhumanité a atteint le sommet du progrès intellectuel» - ou, ajouterons-nous, en pensant à lépoque actuelle, à déclarer que tout est terminé. Mais en fait, le champ à explorer devient de plus en plus vaste, lhorizon recule toujours: «il existe des forces, opérant encore silencieusement dans la nature élémentaire, comme dans les délicates cellules des tissus organiques, dont nous ne sommes pas encore conscients mais qui, un jour, entreront dans le champ de la connaissance». Il faudra encore beaucoup de temps, beaucoup dobservations, beaucoup de combinaisons, et beaucoup de communication. Bref, pour ceux qui sont conscients, le champ sélargit et sapprofondit tous les jours. Voilà le dernier mot de Humboldt sur la «contemplation physique». Reste la question de lexpression, qui nest pas une question secondaire, mais une question primordiale, car lêtre de lhomme a besoin de sexprimer - mais quel homme, quel être, quelle expression? Cest à la «généalogie de lexpression poétique» satisfaisante, éclairante, que sattache Humboldt dans lautre étude fondatrice, Descriptions poétiques de la nature. Et de même que dans létude sur la «contemplation physique», il nécrivait pas lhistoire des sciences, de même ici Humboldt nécrit pas lhistoire de la littérature, mais élabore, grâce à quelques incursions perspicaces et perspectivistes dans le corpus de la littérature mondiale, la géographie de la puissance poétique, cest-à-dire du rapport le plus profond entre lhomme et... la nature (aucun mot, ici, nest satisfaisant). Les mots dHumboldt, comme on a déjà pu le constater, sont ceux de son époque. Humboldt est un scientifique, un intellectuel, qui a une «vision», une «prémonition» de la poésie dont sont incapables la plupart de ceux qui sont appelés ou qui sappellent «poètes». On est dans le paradoxe, le paradoxe excitant - cest ce qui remplace avantageusement le paradis. Humboldt va donc utiliser les mots «sentimental» (qui lui vient de Schiller, dont le. texte lEducation esthétique de lhumanité nest pas étranger à tout ce contexte), «romantique», «pittoresque» - mais sa lancée dépasse son langage. Son exploration de la littérature poétique depuis les Grecs et les Romains jusquaux «voyageurs modernes» veut ouvrir un espace de possibilités inouïes - encore une fois, il sagit de repérer, de comparer, de combiner, de composer: géographie multi-dimensionnelle du verbe... Pour Humboldt, dans la littérature grecque classique, laccent est mis exclusivement sur lhumain: passion et politique, la nature ne servant que de toile de fond, ou comme répertoire de comparaisons. Même quand on traite plus spécifiquement de la nature, lapproche est descriptive, didactique, il y a peu de «contemplation inspirée». Mais il existe quelques exceptions à cette règle, parmi elles les Dionysiaca de Nonnos de Panopolis. Quant aux Romains, leur esprit est légiste, militaire ou domestique, et leur langue a moins de «mobilité idéale» que le grec, mais Lucrèce se distingue par son «génie fertile», et on trouve une présence de la nature chez Virgile, Horace, Tibulle, Ovide, sans oublier «la belle description dune forêt druidique» chez Lucain, ce qui fait noter à Humboldt, en passant, que chez les anciennes tribus germaniques et celtiques on constate une véritable «vénération de la nature», exprimée par «de rudes symboles». Chez les poètes hébreux, la nature est lexpression vivante de lomniprésence de Dieu, et leur intérêt se porte moins sur des phénomènes isolés que sur des «grandes masses». Comment nier la grandeur du Psaume 104: «Les arbres du Seigneur sont pleins de sève, les cèdres du Liban quil a plantés...», ou bien encore le livre de Job: «Le Seigneur marche sur les hauteurs de la mer, sur la crête des vagues amoncelées par la tempête» - tout en se disant, peut-être, que dans ce spectacle divin, Dieu occupe un peu trop la scène. Pour Humboldt, le christianisme avait libéré lil contemplatif en le détournant des dieux, de sorte que la nature prend toute sa valeur - création et expression de Dieu, certes, comme dans la poésie hébraïque, mais dune manière moins théocratiquement imposante. Il cite comme un de ses textes préférés une lettre de Basile, un Grec de Cappadoce, ermite chrétien sur les rives de lIris en Arménie: «Te parlerai-je du beau chant des oiseaux, et de la profusion de fleurs? Ce qui me charme le plus, cest la tranquillité absolue de la région...» Il y a dans cette lettre, dit Humboldt, des sentiments et des sensations plus proches de ceux de lépoque moderne que tout ce que lon peut trouver chez les Grecs ou chez les Romains. Mais le christianisme allait se détourner de plus en plus de la nature, y voyant le diable, et de toute étude de la nature, y voyant de la sorcellerie... En Asie, laube et le soleil resplendissent dans le Rig-Veda, symboles dune religion cosmique dont on retrouve des éléments dans la mythologie populaire, par exemple la vie de Râma dans la forêt, ou bien encore dans la poésie de Kâlidâsa qui, dans le Meghaduta, décrit le passage dun nuage ainsi que les paysages quil traverse. Chez les Perses (Firdûsî, Hâfiz, Saadi, AI Rûmî) la grande nature est moins présente, leur intérêt se portant sur des paysages aménagés (jardins, fontaines...) et sur des artifices de forme. Les Arabes, eux, aiment chanter la guerre et lamour, mais il y a aussi la vie du désert, telle quon la trouve dans la romance bédouine Antar. Après ce tour du monde antique, Humboldt, toujours à la recherche déléments dune «poésie de la nature» satisfaisante, se tourne vers le monde moderne, à commencer par Dante Alighieri, «le fondateur inspiré du nouveau monde», dont la puissance référentielle et intellectuelle na dégale que sa sensibilité à des impressions immédiates, telle «il tremolar della marina». Signe des temps aussi, lascension du mont Ventoux par Pétrarque, qui, malheureusement, reste empêtré dans lallégorie et dans la morale. Bembo, par contre, dans son Aetnae Dialogus, donne un tableau animé de la géographie des plantes sur le volcan, depuis les champs de blé de la Sicile jusquaux marges enneigées du cratère. Et puis, encore et toujours, Colomb, décrivant la terre nouvelle avec ses arbres et ses fruits et ses lindas aguas, sentant que «mille langues ne suffiraient pas à la dire: "Para hacer relacion a los Reyes de las cosas que vian, no bastaran mil lenguas a referillo, ni la mano para la escribir, que le parecia questaba encantado. "» Et Camoens à Macao, emporté par la mer, le vent et les nuages, marin de lâme, chantre de la gloire portugaise, qui pourtant parle beaucoup plus des épices, à valeur commerciale, que dautres plantes tropicales... On passe alors par Shakespeare, sensible à «lexpression individuelle de la nature», et par Milton, sublime, mais dont les descriptions sont plus magnifiques que graphiques, pour arriver au XVIIIe siècle, à lépoque des Buffon, Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, à toute une nouvelle série de tentatives pour sapprocher de la nature et pour dire ce terrain de rencontre dune manière à la fois exacte et inspirante. Buffon accumule les faits exacts, mais ses phrases sont construites trop artificiellement et on ne sent pas chez lui cette «analogie mystérieuse entre les mouvements de lesprit et les phénomènes perçus par les sens» qui est lobjet des recherches de Humboldt à ce stade ultime de ses pérégrinations. Chez Rousseau, le moi est souvent trop présent; chez Chateaubriand, pourrait-on dire, aussi, lui dont les passages à travers la terre saccompagnent toujours de souvenirs historiques. Quant à Bernardin de Saint-Pierre, Humboldt la beaucoup lu, et avec délices, mais ses théories sont trop souvent saugrenues. Au fond, dès quil est question de nature à lépoque moderne, il est difficile de sortir du pastoral, de lélégiaque, de lidyllique, du didactique, de lexcessivement sentimental, etc. On a beau écrire dune manière élevée, la pauvreté des matériaux et de linformation de base est par trop évidente -doù, dailleurs, des tentatives de compensation par le style. Dans le passé, dans les anciens livres de voyages, par exemple, la pauvreté des matériaux était compensée par la naïveté, par une faculté démerveillement enfantine, ou encore par la dramatisation, une coloration épique. Mais rien de tout cela nest possible aujourdhui, cest autre chose quil faut trouver. Nous avons affaire à une masse dinformations quil sagit non seulement dordonner, mais à laquelle il faut aussi donner une aura, une lumière. Il serait possible datteindre à «une espèce de délice intellectuel» que les Anciens ne pouvaient connaître - mais quelle littérature est vraiment à la hauteur? On peut recueillir des éléments par-ci, par-là, mais on attend toujours «un élargissement du champ de lart», on attend toujours une poétique qui sache «présenter à la contemplation de lintellect et de limagination la riche matière du savoir moderne». Il ne peut être question de vagues analogies, de métaphores creuses, de mythes symbolistes, il sagit de définition et de respiration, dexactitude et dextase, de sensorialité et dintelligence, et dune écriture qui soit autre chose que «du style», ou je ne sais quelle «prose poétique» maniérée. Tout au long de son uvre, depuis les premières notes prises dans les llanos, ou dans la forêt tropicale humide, ou sur les rives de lOrénoque, jusquaux rédactions et aux compositions de Paris et de Berlin, Humboldt a essayé lui-même de sapprocher de cette littérature plus que «de la littérature» quil voyait poindre à lhorizon. On peut dire que cette uvre consiste en relations, en études et en essais poétiques. Ces «essais poétiques» peuvent se trouver dans les relations et dans les études dont jai déjà cité quelques exemples, mais Humboldt y a consacré un livre spécifique, les Ansichten der Natur, traduit en français par Vues de la nature et en anglais par Views of Nature. Il ny a rien à reprocher à ces deux traductions. Cela vaut cependant la peine de faire remarquer que dans une lettre adressée à son éditeur londonien, Humboldt lui-même écrit «views into nature». On peut imputer cela à linsuffisance de son anglais, on peut aussi y voir une nuance intéressante. Il sagit dans les Ansichten de tentatives de «tableaux intégrés», où se lirait «la coopération des forces» de la nature, dans une prose qui se veut à la fois vigoureuse et flexible, le tout voulant à la fois engager limagination, augmenter la connaissance des choses (configurations cachées, relations plastiques profondes), et enrichir la vie par la présentation de nouvelles idées. Avec une petite fable, «La force vitale, ou le génie rhodien», qui ny a sans doute pas véritablement sa place (mais Humboldt a du mal à «caser» tout ce qui lui vient à lesprit), il y a dans ce livre six essais en tout: «Les steppes et les déserts», «La vie nocturne des animaux dans la forêt primitive», «Idées pour une physionomie des plantes», «Sur la structure et le mode daction des volcans», «Le plateau de Caxamarca». Dire que ces essais répondaient complètement à ses vux serait exagéré, disons simplement que cest le livre auquel, en fin de compte, il tenait le plus, cest là quil a mis le plus de lui-même, cest là quil a consigné le plus de ses aperçus, cest là quil offre le plus dindications. Le voici de nouveau sur les llanos, ces «steppes» du Venezuela: «Cest dans la Mesa de Paja, par les 9° de latitude, que nous entrâmes dans le bassin des llanos. Le soleil était presque au zénith; la terre partout où elle se montrait stérile et dépouillée de végétation, avait jusquà 48° et 50° de température. Aucun souffle de vent ne se faisait sentir à la hauteur à laquelle nous nous trouvions sur nos mulets; cependant, au milieu de ce calme apparent, des tourbillons de poussière sélevaient sans cesse chassés par ces petits courants dair qui ne rasent que la surface du sol et qui naissent des différences de température quacquièrent le sable nu et les endroits couverts dherbe. Ces vents de sable augmentent la chaleur suffocante de lair. Chaque grain de quartz, plus chaud que lair qui lentoure, rayonne dans tous les sens, et il est difficile dobserver la température de latmosphère sans que des molécules de sable ne viennent frapper contre la boule du thermomètre. Tout autour de nous, les plaines semblaient monter vers le ciel, et cette, vaste et profonde solitude se présentait à nos yeux comme une mer couverte de varech ou dalgues pélagiques. Selon la masse inégale des vapeurs répandues dans latmosphère, et selon le décroissement variable de la température des couches dair superposées, lhorizon, dans quelques parties, était clair et nettement séparé; dans dautres, il était ondoyant, sinueux et comme strié. La terre sy confondait avec le ciel. A travers la brume sèche et des bancs de vapeurs on voyait au loin des troncs de palmiers. Dépourvus de leur feuillage et de leurs sommets verdoyants, ces troncs paraissaient comme des mâts de navires quon découvre à lhorizon. »Il y a quelque chose dimposant, mais de triste et de lugubre dans le spectacle uniforme de ces steppes. Tout y paraît immobile: à peine quelquefois lombre dun petit nuage qui parcourt le zénith et annonce lapproche de la saison des pluies, se projette sur la savane. Je ne sais si lon nest pas autant surpris au premier aspect des llanos quà celui de la chaîne des Andes. Les pays montagneux, quelle que soit lélévation absolue des plus hautes cimes, ont une physionomie analogue; mais on saccoutume avec peine à la vue des llanos de Venezuela et de Casanare, à celle des pampas de Buenos Ayres et du chaco, qui rappellent sans cesse, et pendant des voyages de vingt à trente jours, la surface unie de lOcéan. Javais vu les plaines ou llanos de la Mancha en Espagne, et les bruyères (ericeta) qui sétendent depuis lextrémité du Jutland, par le Lunebourg et la Westphalie, jusquen Belgique. Ces dernières sont de véritables steppes dont lhomme, depuis des siècles na pu soumettre que de petites portions à la culture; mais les plaines de louest et du nord de lEurope noffrent quune faible image des immenses llanos de lAmérique méridionale.» Mais si typique quil soit, si graphique et proto-géopoétique (si je puis dire), ce nest pourtant pas avec ce texte que je voudrais terminer le présent essai. Cest avec un texte du voyage consacré au Chimborazo, que je vais transcrire, parce quil sy prête, en forme de vers: Cest ainsi quau bord de la mer du Sud
ouvrage du génie de Michel-Ange Humboldt na pas atteint le sommet du Chimborazo (voulez-vous y voir un symbole?), ayant été pris avant par le mal des montagnes. Mais je ne vois guère, à lépoque moderne, desprit qui soit allé plus loin et plus haut, en charriant autant de matière. Et dans le nuage quil évoque dans ces dernières lignes citées, se cache, comme un éclair, le projet géopoétique. Kenneth WHITE
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