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Ce
qui marque cette fin du XXe siècle, au-delà
de tous les bavardages et de tous les discours secondaires, cest
le retour du fondamental, cest-à-dire du poétique.
Toute création de lesprit est, fondamentalement, poétique. Il
sagit de savoir maintenant où se trouve la poétique
la plus nécessaire, la plus fertile, et de lappliquer. Si,
vers 1978, jai commencé à parler de «géopoétique»,
cest, dune part, parce que la terre (la biosphère)
était, de toute évidence, de plus en plus menacée,
et quil fallait sen préoccuper dune manière
à la fois profonde et efficace, dautre part, parce quil
métait toujours apparu que la poétique la plus riche
venait dun contact avec la terre, dune plongée dans
lespace biosphérique, dune tentative pour lire les
lignes du monde. Depuis,
le mot a été repris, ici et là, dans des contextes
divers. Le moment est venu de concentrer ces courants dénergie
dans un champ unitaire. Cest
pour cela que nous avons fondé lInstitut de géopoétique. Avec
le projet géopoétique, il ne sagit ni dune «variété»
culturelle de plus, ni dune école littéraire, ni de
la poésie considérée comme un art intime. Il sagit
dun mouvement majeur qui concerne les fondements mêmes de
lexistence de lhomme sur la terre. Dans
le champ géopoétique fondamental, se rencontrent des penseurs
et des poètes de tous les temps et de tous les pays. Pour ne citer
que quelques exemples, on peut penser, en Occident, à Héraclite
(«lhomme est séparé de ce qui lui est le plus
proche»), à Hölderlin («poétiquement vit
lhomme sur la terre»), à Heidegger («topologie
de lêtre»), à Wallace Stevens («les grands
poèmes du ciel et de lenfer ont été écrits,
reste à créer le poème de la terre»). En Orient,
il faudrait penser au taoïste Tchouang-Tseu, et à lhomme
du vieil étang, Matsuo Bashô, sans oublier la belle méditation
du monde que lon trouve dans le Hwa Yen Sutra. Mais
la géopoétique ne concerne pas que poètes et penseurs.
Henry Thoreau était autant ornithologue et météorologue
(«inspecteur des tempêtes») que poète, ou plutôt,
il incluait les sciences dans sa poétique. Les liens de la géopoétique
avec la géographie sont évidents, mais ils existent aussi
avec la biologie, et avec lécologie (y compris lécologie
de lesprit) bien approfondie et bien développée. En
fait, la géopoétique offre un terrain de rencontre et de
stimulation réciproque, non seulement, et cest de plus en
plus nécessaire, entre poésie, pensée et science,
mais entre les disciplines les plus diverses, dès quelles
sont prêtes à sortir de cadres souvent trop restreints et
à entrer dans un espace global (cosmologique, cosmopoétique)
en se posant la question fondamentale : quen est-il de la vie sur
terre, quen est-il du monde? Tout
un réseau peut se tisser, un réseau dénergies,
de désirs, de compétences, dintelligences. Pour
lInstitut de géopoétique |