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Perspectives icariennes
et autres effleurements de surfaces

André Roy – Projet photographique

Présentation de l'exposition - l'auteur
 
La traversée - Ouvrages collectifs
 
 

Points de vue d’Icare et de Dédale…
En apparence, seul celui d’Icare donne un paysage.
C’est oublier que le paysage vu du ciel est déterminé, littéralement construit, par Dédale…
Avec la prise de hauteur, dès qu’il n’a plus ses repères monumentaux,
le paysage, déjà flottant, se délite et s’évanouit dans les vapeurs.

Françoise Chenet-Faugerat

 
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suite 3

 
 

Si la planète en est venue à former le contenu d’un nouvel espace formé par ses satellites
et ses extensions électroniques, si la planète est devenue le contenu et non l’environnement,
nous pouvons alors assurément nous attendre à voir les prochaines décennies se vouer
à la transformation de la planète en une forme d’art.

Marshall McLuhan

 
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Objet d’art comme de science, le paysage fonctionne à la fois comme un miroir et une lentille.
À travers lui nous voyons l’espace que nous occupons,
et nous-mêmes tandis que nous occupons l’espace.

Jeffrey Kastner

 
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AGRANDISSEMENT
 
 
 

Perspectives icariennes et autres effleurements de surfaces…
une affaire de points de vue

La représentation paysagère est généralement le reflet de notre position dans le monde. La perspective la plus répandue est celle qui s’ouvre sur l’horizon à la hauteur des yeux, une posture qu’on pourrait juger universel du fait qu’elle est pratiquement accessible à tous. Même durant la période romantique, alors que le sublime valorise les points de vue juchés sur des hauteurs vertigineuses et surplombant des paysages époustouflants, la perspective adoptée demeure celle d’un protagoniste aux pieds sur terre. En s’accrochant aux règles de composition sublime et pittoresque, la photographie paysagère demeure encore à ce jour légataire des préceptes esthétiques établis par le mouvement romantique au XIXe et au tournant du XXe siècle. Et tout comme la grande majorité des photographes paysagers, André Roy tend à intégrer ces réminiscences romantiques dans sa pratique générale. Mais son travail propose aussi des perspectives divergentes sur le territoire, que cette exposition vise à mettre en lumière.

Depuis les premières images satellites de la terre enregistrées par la mission Apollo, les prises de vue distanciées de notre environnement planétaire se décuplent au rythme débridé des développements technologiques associés aux communications et à la surveillance. Cela n’empêche pas que la figuration globale du monde existe depuis longtemps grâce à la géographie et à la cartographie. Mais la profusion actuelle des technologies de géopositionnement (GPS) et la conversion de systèmes de surveillance à des usages populaires (Google Earth) permettent de comprendre les territoires que nous parcourons avec un recul inégalé. Nous avons longtemps et nous continuons encore dans une certaine mesure de fonctionner comme Dédale, qui négocie les méandres labyrinthiques du monde au fur et à mesure des détours qu’il rencontre, un peu comme lorsque nous tentons tant bien que mal de nous orienter dans les ruelles sinueuses d’une ville méconnue, ou encore dans un réseau complexe de sentiers. Mais nos déplacements quotidiens sont simultanément relayés par une panoplie d’informations supplémentaires (provenant de nos GPS, de cartes topographiques, de projections modélisées, etc.) qui «élèvent» notre compréhension du territoire au niveau d’Icare, contrepoint mythologique à Dédale par son envol dans le ciel et son point de vue distancié sur le monde. Icare symbolise en quelque sorte la volonté humaine de prendre du recul par rapport à son propre contexte, d’opérer une distanciation par rapport à ses propres conditions d’existence. La prolifération actuelle des représentations photographiques du monde « à vol d’oiseau » témoigne de cette volonté de voir le monde dans sa totalité, sans être restreint par les horizons limités de notre position au sol. Mais tandis que les technologies récentes tendent à concrétiser le mythe d’Icare en permettant un regard englobant du monde, les choses se passent autrement dans les photographies d’André Roy. Son travail morcelle le territoire en une myriade de compositions rendues quasi abstraites par leur incomplétude. C’est un regard partiel sur le monde qui nous est offert dans cette série photographique, de même qu’une propension à «picturaliser» le terrain jusqu’à lui attribuer un sens esthétique vaguement évocateur de la Colour Field Painting. Quelques images du corpus présenté ne sont pas des clichés pris en plongée, mais communiquent malgré tout la portée de cette influence perceptuelle, en ce que le territoire est ramené à une perspective en aplat afin d’isoler la richesse de ses champs chromatiques. Le travail photographique s’y trouve présenté comme l’effleurement d’autant de surfaces topographiques, mises à la disposition de la lentille et de la sensibilité du photographe.

Le travail d’André Roy incarne ce que le théoricien des communications Marshall McLuhan avait anticipé à l’époque des toutes premières images satellites de la terre: le territoire, capté «de l’extérieur», en vient à être traité comme une œuvre d’art en soi.

Gentiane Bélanger
Commissaire de l’exposition

Maison des arts et de la culture de Brompton

 
 
 

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