Géopoétique...
Voyage, exploration, évocation. Invitation à partir
sur les chemins de la terre pour mieux courtiser la mer.
Ainsi, avons-nous décidé,
dès la création de l'Atelier québécois
de géopoétique, d'organiser des ateliers nomades,
afin d'amorcer la Traversée qui constitue notre unique raison
d'être. Notre but avoué étant de sortir des
salles de cours, de l'univers des «belles-lettres» et
des «seules idées» pour aller vers et dans la
nature, il fallait donc partir de toute urgence. Et appareiller à la
recherche de balises qui permettent de naviguer entre savoir scientifique
et création littéraire, observation et expérience,
raison et sentiments, lectures, architecture de l'espace et univers
autochtone occulté. Nous voulions à la fois investir
le paysage, humer l'odeur du large et débusquer la mémoire
orale déposée sur le parchemin des saisons.
Comment débusquer alors le lieu
propice aux premiers enseignements? Comment mettre le cap sur l'horizon
de l'espoir, comment s'engager sur la piste qui réponde à la
révélation anticipée en évitant de
sombrer dans le mirage de l'errance où seule la promesse
tient lieu d'espace géographique? Quoi de plus approprié alors
que de partir à la rencontre d'un phare, d'une île,
d'un fleuve: le Saint-Laurent, la Grande Rivière.., le «chemin
qui marche» des premiers Canadiens!
Mais à peine y avions-nous réfléchi
que I'Isle Verte allait s'offrir spontanément. À la
fois «isle» et «isle-à-terres»,
comme disaient les Anciens des lieux où ils pouvaient cultiver
la terre et courtiser la mer, mais qu'est-ce donc que l'Isle-Verte?
Mince liséré de quelque 12 km «de bout en bout»,
ancré à une trentaine de kilomètres à l'est
de Rivière-duLoup et presque accosté à la
rive sud du fleuve, mais faisant directement face à l'embouchure
du fjord du Saguenay et de ses eaux profondes. Isle à deux
visages, donc, un faciès sur le fleuve et les terres déforestées
et domestiquées; et, un autre, plus sauvage et plus rocheux
donnant sur une mer aux odeurs de golfe. Toute la réalité du
pays concentré en une surface aussi réduite: pas
de route asphaltée, pas de magasin, pas de banque, pas d'école
et pas d'église, mais un horizon sans fin englobant tout
cela et une seule municipalité appelée Notre-Dame-des-Sept-Douleurs
-on se demande bien pourquoi! Quelques dizaines de résidents
permanents en hiver, une mémoire incrustée dans la
roche, enfouie sous la neige et les sapinages. Du côté mer,
un phare, automatisé maintenant, pour indiquer aux voyageurs
maritimes le lieu et le chenal, et les maisons du gardien et de
l'assistant-gardien, ayant pour nouvelle fonction d'accueillir
les promeneurs terrestres.
C'est ici, l'espace d'une fin de semaine,
en mai 2004, que nous avons «ouvert» avant la lettre
la saison touristique et jeté un premier regard sur la Terre-Québec.
Vingt-sept rêveurs, dont quatre enfants, se sont présentés
un vendredi après-midi au quai du village de la terre ferme
pour entreprendre leur traversée, à marée
haute, sur La Richardière, bateau menant à une isle
laissant l'impression de flotter en plein fleuve!
Mélange de textes, d'images, de
cartes, de photographies et de collages, les pages qui suivent
sont le fruit heureux de cette trop brève expérience.
Que tous soient invités à les
parcourir, s'arrêtant à loisir ici et là, si
besoin est, pour mieux se laisser féconder par la patine
d'un rêve et d'une mémoire d'où surgira un
continent entier.
Eric Waddell et Jean Morisset
Québec/ Bellechasse, 1er mars 2005
Carnet
sur commande auprès de l'Atelier québécois de géopoétique |