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Un climat sévère
Raoul Blanchard


Retour des oies    
 

Ne jugeons pas le printemps et l'automne canadiens d'après les normes de France. Les charmes printaniers n'ont rien à faire ici; cette saison du renouveau est la plus désagréable de l'année. Gelées violentes, brusques dégels, bourrasques de neige, averses, verglas, se succèdent avec rapidité. D'abord, mars est partout incorporé à l'hiver, c'est-à-dire que dans toute la Province ses températures moyennes sont inférieures à 0°. Mais les cabrioles des températures vraies sont extravagantes. Au cours de mars 1938, toutes les stations de la région de l'Ottawa, les basses comme les hautes, ont subi des écarts de température variant de 21 à 29degrés Fahrenheit; le même mois le poste de Doucet, à l'extrême Est de l'Abitibi, a enregistré les extrêmes de -44 et +17, soit une variation de 61 degrés; à Amos, la moyenne des contrastes de température de chaquejour est de -3°. Un infernal mélange de tiédeurs et de froids terrifiants. Or avril n'est guère mieux partagé; sa moyenne reste basse, encore trés proche de 0° dans des secteurs étendus de la Province, et cette moyenne dissimule les sautes les plus brutales. Ainsi en deux jours consécutifs, à Amos, on a noté -13° et 18°; mieux encore, à Albanel du lac Saint-Jean, un 29 avril au petit jour le thermomètre indiquait -21°; l'après-midi du lendemain il était à 18°, soit 39 degrés d'écart en 36 heures. Ainsi le printemps se rétrécit sur mai, dont les moyennes s'enflent brusquement de 5 à 8 degrés au-dessus de celles du mois précédent; pourtant nous aurons àconstater que mai non plus n'est pas sans reproches. Au fond, le printemps canadien est un hiver honteux.

 
 
   
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