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L'Isle heureuse
Raôul Dugay


Retour des oies    
 

Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies!
Des ailes des ailes des ailes
Des nuées d’ailes blanches
Font valser le ciel

Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies!
Invasion blanche sur la toile du ciel
Incandescence au bout des plumes dorées
Des ailes des ailes des ailes
Immense blanc banc de neige volant
Ailes blanches des anges allélouiant de lumière
Dans les champs immortels des pays d’en-haut

Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies!
Totalement en transe dans sa danse
Le firmament ébarloui de bonheur
Swingue et s’enjazze
En oies blanches sauvages se métamorphose

Toutes les ailes dans le ciel
Ne font plus qu’une seule aile
Une aile infinie en forme de V
Oies! Oies! Oies!
En plein élan vital
Vers la victoire sur le vide
Vers le sud ensoleillé de l’espérance
Autour de l’éclair permanent
Éclatent les couleurs des saisons de l’esprit

Voyager voyager sur les ailes de la liberté
Ouvrir défricher les horizons du possible
Liberté! Liberté!

Aux quatre vents de l’imagination s’envoler
Ailleurs! Là-bas! Là-bas! Là-bas!
Ailleurs! L’espace! L’espace intérieur!
L’infini ouvre enfin ses ailes
L’espace-temps s’envole

Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies!
Ça vole? Oui et vous? Ça vole?

Ailleurs! Ailleurs c’est ici!
En plein coeur des mouvements du vent
En plein tsunami de visions
Heureux d’écouter à deux
La symphonie des cercles silencieux dans l’azur

Pendant que roule la roue de l’éternité
Dans la ronde nuit du désir
Boire à deux la brume bleue
Qui plane sur les eaux du fleuve
Marcher à la crête des vagues
Et de la montagne à la vallée
Aller à la pêche à la beauté
Contempler la moisson de miroitements enfin
Baigner dans les eaux vives de l’amour

Et quand la nuit avale le visible
Que l’espace se ferme comme une huître
L’aveugle regard ne s’ouvre
Qu’avec le scalpel de l’étincelle dans la cervelle
Qu’avec la fusion des feux dans les coeurs
Quand l’espace est fermé
Enfoui dans l’ombre du doute
La clef qui ouvre la serrure du temps
Vers la vastitude de l’être
La clef qui ouvre la porte du pays d’en haut:
Une volière d’oies pagayant de l’aile
Sous le canot de glace
Et L’Isle-aux-Oies naviguant dedans

Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies!
Ô s’envoler encore vers d’autres cieux

Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies!

Les îles ont fui! Les îles ont fui!
Ne reste plus que l’Isle-aux-Oies
Bien amarrée aux vagues de l’amour
Ne reste plus que l’Isle heureuse
L’Isle-à-la-Joie

Aller aller aller encore et encore
Avec les mille ailes de la liberté
Aller rêver le premier rêve de la nature

À chaque instant
Au bout du pinceau de la truelle de l’aérosol
Partir à la conquête de l’inconnu
Sauter dans son destin
Tendre des pièges à la réalité
Peindre l’âme des choses
Rêver rêver un autre monde
Monter sur ses propres épaules
Pour voir venir l’avenir
Peindre des yeux à l’invisible
Peindre l'aura de la lumière
Peindre comme on respire
Et respirer l’Univers
Laisser se lever les grands voiliers d’oies blanches
De bruants-des-neiges de harfangs-des-neiges
Au plus profond de son souffle
Enfin sauter dedans la toile
Et disparaître à l’horizon de soi-même

Aller à l’Isle-aux-Oies l’Isle heureuse l’Isle-à-la-Joie
Y cueillir le plus grand des trésors
Aller à l’Isle-aux-Oies y boire à l’amour

Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies! Oies!
Les oies s’envolent! Les oies s’envolent!
Et sur leurs ailes moi aussi…

 
 
 

Inédit lu par l’auteur
à l’occasion de l’exposition
«D’ailes en ailes l’élan vital»
de Jean-Paul Riopelle
à la Galerie Lounge TD
(octobre/décembre 2011)

Retour des oies