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Là-bas, l'Isle-aux-Grues
Julie Stanton


Retour des oies    
 

En ce lieu précis de la Terre,
il y a d'autres jours, d'autres nuits et d'autres métamorphoses;
le tracé à force de haches et de herses,
d'identité singulière au milieu du Saint-Laurent.

Longtemps, tu n'as rien su de l'endroit,
le seul capable d'abolir chez toi la tentation de l'ailleurs.

Or t'y voici, éclaboussé de verts et de neige,
sur le versant mauve de ta vie déchirant l'air.

Dans l'arrogante beauté de ce qui perdure.
L'agitation d'un métro serait ici dérisoire, une sorte de sacrilège.

Mais le vent, d'un point à l'autre, a des tourmentes parfois jusqu'en l'oeil
collé à la fenêtre de novembre dont on ne sait s'il regarde dedans ou dehors.
Et ce qu'on regarde est nécessairement le grand large.

Il revient en juillet, vent d'apparence anodine.
On le prie de s'en tenir à cela des semaines entière dans les battures.

L'éblouissement d'un vol très haut de sarcelles.
L'ordre parfait des choses, un livre à la main grandeur nature.

Pourquoi aller plus loin?

Si tu veux, si tu continues de vouloir, la lenteur te fera sa proie
loin des rythmes destructeurs. Le temps t'est compté.

Quand chacun si peu nombreux sur l'île va son quotidien,
tu vis sans alibi à l'heure de Times Square; mille feux rouges et que du bruit.

Ce que tu entends, c'est le silence dans le silence et c'est tout dire.

Tu penses à un monastère à ciel ouvert.
À un coup de foudre sensuel et mystique. De quelle mémoire s'agit-il?

Consentir avec un goût de sel sur la langue.

 
 
   
Retour des oies